Sitges, ville espagnole de 18 000 habitants,
située à 40 kilomètres au sud
de Barcelone, a longtemps
été enclavée. Encerclée
par les collines et la mer, elle est aujourd'hui accessible
par autoroute depuis Barcelone
mais, très longtemps, seules un petite route
de bord de mer et la route traversant les montagnes
par San Pere de Ribes ont permis de la rejoindre.
Cosmopolite, ouverte et joyeuse, Sitges est
de plus en plus appréciée.
Sitges se transforme petit à petit
avec l'arrivée d'un des fondateurs de la société
John Deere. Amoureux de cette baie, il a importé
des différentes régions d'Espagne des
éléments de châteaux et autres
monuments, créant un quartier au charme incomparable
derrière l'église, à l'emplacement
d'un village de pêcheurs. Ces bâtiments
lui serviront en partie de palais et pour une autre
partie de dispensaire et hôpital. Ce quartier
a gardé tout son cachet ; il abrite dorénavant
des musées et héberge des concerts et
autres événements culturels.
D'abord région viticole, l'épidémie
de phylloxéra au XIXe siècle pousse
les habitants à chercher de nouvelles sources
de revenus. Certains les chercheront dans les îles
de l'Atlantique et en particulier à Cuba. Chassés
lors de la libération de l'île, «
los Cubanos » comme ils vont être surnommés
alors, reviennent dans leur région d'origine
riches de leur nouvelle fortune. Certains ont laissé
leur trace sur le nouveau continent comme ce Catalan
qui a créé le rhum Bacardi à
Santiago de Cuba. Vous pouvez d'ailleurs trouver bien
des références à ce passé
dans les rues de la vieille ville. Plusieurs lieux
portent des noms évocateurs : Islas de Cuba,
Matanzas, Pinar del Rio... mais aussi des azulleros
(céramiques) représentant l'île
de Cuba. Los cubanos vont alors se faire construire
un ensemble de résidences qui font maintenant
le charme de cette station balnéaire. Ces résidences
reprennent les éléments architecturaux
cubains de l'époque (vitraux multicolores,
persiennes, style colonial...).
A la même époque, Sitges est
devenue un centre artistique majeur sous l'influence
des luministes, les premiers peintres ayant bénéficié
des évolutions techniques permettant de peindre
en extérieur. La fabuleuse lumière orangée
baignant la ville le soir leur a fourni un thème
de prédilection. Le plus influent de ces peintres
a sans doute été Santiago Rusinol qui,
en 1891, a découvert une nouvelle manière
de faire vivre son art. L'École de Sitges
rassemblait à cette époque Joan Roig,
Arcadi Mas i Fondevila ainsi que Joaquim de Miro et
Joam Batlle Arnell. Dès 1892, sous l'impulsion
de Rusinol, Sitges accueille ce qu'il sera
convenu d'appeler la première fête moderniste
au sein de la mairie. Ce rassemblement accueillit
dés sa 2e édition des artistes belges
et continua par la suite jusqu'à la cinquième
et dernière édition.
Dans les années 1960, avec l'ouverture de
l'Espagne au tourisme, Sitges va devenir la
parente continentale d'Ibiza.
L'installation du Pacha et le développement
d'une communauté hippie vont contribuer à
l'ouverture de la ville sur l'Europe. Avec la fin
du franquisme et l'adhésion de l'Espagne à
l'Europe, Sitges va acquérir ses lettres
de noblesse en tant que station balnéaire,
mais ce sont les Jeux Olympiques qui vont lui apporter
le désenclavement total. Jusque-là surtout
connue des Barcelonais et de quelques Européens
bien renseignés, la ville va se faire connaître
au-delà des frontières. Devenue entre-temps
capitale gay, souvent comparée au San Francisco
de la Méditerrannée, la ville héberge
plus de 100 000 habitants pendant la période
estivale. L'ouverture d'esprit en fait un lieu de
rencontres où se croisent intellectuels, hippies
sur le retour et artistes divers. Car Sitges
est devenue cosmopolite. Aux riches familles barcelonaises
viennent s'ajouter les gays de toute l'Europe, quelques
congressistes (un palais des congrès a été
édifié dans les années 90) et
beaucoup de touristes. À ceux que la foule
effraie, la ville retrouve tout son calme à
l'automne et au printemps. Elle se veut alors accueillante
et calme, reprenant vie le week-end avec la venue
des Barcelonais. Tout le monde se croise toute la
journée sur le chemin de la plage et, la nuit
tombée, entre restaurants, bars et boîtes
de nuit autour du centre vital qu'est la « rue
du Péché ». C'est le Sitges
des cartes postales de toutes les couleurs, très
libérée, insomniaque et cosmopolite.
Dorénavant, Sitges se veut une capitale
culturelle. Le Festival international du film de Catalogne,
consacré aux films fantastiques, devient chaque
année plus incontournable et vient compléter
les fêtes religieuses et profanes tout au long
de l'année : « Fiesta Dios », carnaval,
rallye de vieilles voitures et fête des fleurs
jalonnent l'année attirant un public varié.