Biographie de Salvador Dalí
La région de son enfance, la Catalogne,
aura toujours une place privilégiée
dans son uvre comme dans sa vie. Son père
Don Salvador Dali y Cusi était un homme
autoritaire et aurait été responsable
de la mort du frère ainé de Dalí
appelé Salvador, né le 11 mai
1901 et décédé deux années
plus tard.
À sept ans, Salvador Dalí peint
son premier tableau et veut être Napoléon.
En 1918, après un bac obtenu facilement, Salvador
Dalí entre à l'École des
Beaux-Arts de San Fernando, à Madrid.
Il se lie d'amitié avec Federico
García Lorca et Luis Buñuel mais
l'enseignement le déçoit et il se fait
expulser pour avoir incité les étudiants
à manifester contre l'incompétence d'un
nouveau professeur.
En 1926, Salvador Dalí fait un premier
voyage à Paris et y rencontre Pablo
Picasso. Trois ans plus tard, il retourne dans
la capitale française, en compagnie de Buñuel,
pour le tournage d'Un chien andalou. C'est
la rencontre décisive avec les surréalistes
: Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard,
Tristan Tzara... et sa femme, Gala. L'apparition de
celle-ci est une révélation : il l'a
rêvée et peinte avant de la connaître
; ils ne se quitteront plus.
En 1932, Salvador Dalí participe à
la première exposition surréaliste aux
États-Unis et obtient un succès triomphal.
Il accumule les idées et Gala essaye de vendre
ses inventions souvent jugées trop folles.
C'est le début de la méthode paranoïaque-critique
qui veut crétiniser le monde, comme Alfred
Jarry voulait le décerveler. Aux récits
de rêves et à l'écriture automatique
des surréalistes, Salvador Dalí
ajoute l'objet irrationnel à fonctionnement
symbolique. Cependant, à l'issue d'une réunion
mémorable, Salvador Dalí se fait
exclure du mouvement par André Breton qui lui
reproche ses actes contre-révolutionnaires.
De 1939 à 1948, il s'exile à New York
et ses toiles témoignent de ses découvertes
du nouveau continent (Poésie d'Amérique,
par exemple).
« Pour pénétrer dans la réalité,
j'ai l'intuition géniale que je dispose d'une
arme extraordinaire : le mysticisme, c'est-à-dire
l'intuition profonde de ce qui est, la communication
immédiate avec le tout, la vision absolue par
la grâce de la vérité, par la
grâce divine. »
Cette profession de mysticisme, Salvador Dalí
va l'appliquer jusqu'à la fin de sa vie aux
uvres qu'il lui reste à créer.
Le gigantisme atteint ses dernières toiles,
grouillantes de personnages dionysiaques, où
il réunit toutes les tendances en -isme : pointillisme,
surréalisme, tachisme...
Salvador Dalí s'intéressa aussi
à bien d'autres arts et fut en particulier
fasciné par le cinéma, la photographie,
la mode ou la publicité. En outre, il était
passionné par les sciences, notamment par la
théorie de la relativité d'Albert Einstein
qu'il a représentée à sa façon
dans les célèbres « montres molles
» de son tableau Persistance de la mémoire.
Selon le couple Lacroix, en 1980, Salvador Dalí
aurait semble-t-il été victime d'une
dépression nerveuse et ses proches vont commencer
à régenter les visites que le maître
reçoit.
Gala meurt en 1982 ; la même année,
Salvador Dalí est fait marquis de Pubol
où il vit dans le château qu'il a offert
à sa femme. En mai 1983, il peint son dernier
tableau, La queue d'aronde. En 1984, Salvador
Dalí est très gravement brûlé
lors de l'incendie de sa chambre, au château
de Pubol. Il meurt le 23 janvier 1989 d'une défaillance
cardiaque. Conformément à sa volonté,
Salvador Dalí se fera embaumer puis
exposer dans son "Teatre-Museu", où
il repose désormais. Une simple pierre indique
le lieu de sa sépulture. Par testament, il
légue l'ensemble de ses biens et de son uvre
à l'État espagnol.

L'uvre de Salvador Dalí
Dalí et le monde de la publicité
Salvador Dalí n'a pas hésité
à s'immerger dans la culture populaire à
travers la publicité, pour laquelle il a créé
des couvertures de magazines américains comme
The American Weekly, Vogue, Town
& Country, des pochettes de disques et a travaillé
pour les collants Bryans Hosiery, la bouteille
Perrier, pour Alka Seltzer, pour Datsun
et surtout il a joué dans l'inoubliable spot
à l'humour décalé « Je
suis fou, du chocolat Lanvin !».
Dans l'autre sens, Salvador Dalí a
utilisé la publicité dans ses uvres,
tout en y intégrant des clins d'il à
la psychanalyse ou aux travaux sur la relativité,
par exemple : Projet interprétatif pour
un bureau étable, bébé Pervers
polymorphe de Freud, Appareil et la main,
La Madone de Raphaël à la vitesse maximum.
Salvador Dalí a aussi utilisé
et détourné les techniques manipulatoires
de la publicité pour réaliser son autopromotion
dans le journal satirique Dalí News.
Dalí et le monde du cinéma
Salvador Dalí a aussi participé
à la réalisation de plusieurs films
:
- en complicité avec Luis Buñuel, il
a ouvert la voie au cinéma surréaliste
avec deux films emblématiques : Un chien
andalou en 1929 et L'Âge d'or en
1930 ;
- en 1945, pour le film d'Alfred Hitchcock, La
Maison du docteur Edwardes, il réalisa
le décor de la scène du rêve (spellbound).
Dalí a fait 2 films :
- au cours des années 50, réalisé
par Robert Descharnes L'aventure prodigieuse de
la Dentelliere et du Rhinocéros, association
d'images et objets par la courbe logarithmique et
le nombre d'or.
- en 1979, réalisé par José Montes
Baquer Voyage en Haute Mongolie.
Le Septième Art et Hollywood l'ont aussi inspiré
:
- dans le tableau Shirley Temple, le monstre le
plus jeune, le plus sacré du cinéma
de son temps (1939), en sirène dévorant
ses victimes ;
- Les éléments du visage de Mae West,
utilisés pour la décoration d'un appartement
cosy où l'on remarque le Mae West Lips Sofa,
sofa rouge inspiré des lèvres de l'artiste
;
- En 1941, Salvador Dalí commença
à réaliser pour Walt Disney, un dessin
animé de six minutes, appelé Destino.
Cinq ans après, 15 secondes seulement avaient
été réalisées et ce travail
ne fut finalement terminé qu'en 2002.
Dalí a aussi réalisé
seul des courts films expérimentaux surréalistes
où il se met en scène. Dans l'un de
ces films, réalisé au début des
années 1970, Salvador Dalí raconte
l'histoire d'un peuple disparu dont il a retrouvé
la trace au cours d'un voyage en Haute-Mongolie. En
fait, l'histoire est complètement inventée.
Il a suffit à Dalí de déposer
un peu de son urine sur la bague d'un stylo, d'attendre
que la corrosion agisse, d'en filmer les effets à
distance presque microscopique, le tout agrémenté
d'un commentaire d'« historien ».
Les rapports de Dalí avec le cinéma
ont fait l'objet en 2004 d'un film documentaire intitulé
Cinéma Dalí.
Dalí et le monde du théâtre
Salvador Dalí a également
participé à plusieurs projets liés
au théâtre :
- en 1927, il collabore avec Federico
García Lorca pour la pièce Marina
Pineda ;
- il fut l'auteur du livret de Bacchanale,
inspiré du Tannhäuser de Richard
Wagner
Dalí et le monde de la mode
Dans le cadre de la pièce Bacchanale,
Salvador Dalí collabora avec Coco Chanel
pour dessiner les costumes et les décors ;
- Dans les années 1930, Salvador Dalí
participa à la création de quelques
modèles de chapeaux dont un célèbre
en forme de chaussure et avec la couturière
Elsa Schiaparelli, il créa la robe «homard»
;
- en 1950, avec Christian Dior, Salvador Dalí
imagina le fameux Costume de l'année 1945
à tiroirs.
- En 1972, alors qu'Elvis Presley lui rend visite,
Salvador Dalí est tellement fasciné
par sa chemise "country" à motifs
brodés et boutons de nacre que le chanteur
la lui offre. Salvador Dalí la porte
alors pour peindre "Dalí avec la chemise
d'Elvis". Le maître racontera au couple
Lacroix : « Quand Elvis Presley est venu me
rencontrer dans mon atelier il a tout de suite remarqué
que j'étais fasciné par sa chemise country.
Au moment de partir il m'a dit : «Vous aimez
ma chemise ?» Oui. Beaucoup. Sans un mot il
a défait les boutons et est reparti torse nu.
Depuis je ne la quitte jamais pour peindre. »
- Dalí et la mode : depuis fin 2006,
l'Espace Dalí a décidé,
pour perpétuer cette relation entre Dalí
et le monde de la mode, de demander aux plus prestigieux
noms de la Haute Couture française et internationale
dimaginer une « robe-hommage » au
Maître. Le résultat ? Des créations
surprenantes, magiques, surréalistes signées
Paco Rabanne, Sonia Rykiel, Loris Azzaro, Hanae Mori,
Moschino, Paul Smith, Trussardi...
Dalí, le design et la mode
Salvador Dalí, tout au long de sa
vie et de son uvre, a maintenu une longue et
intense relation avec le monde polymorphique de la
mode. Dans son désir permanent de matérialiser
la capacité créative sans limite qui
le singularisait, Salvador Dalí explora
les registres créatifs les plus hétérogènes
du secteur de la mode, en laissant dans chacun deux
sa marque de fabrique particulière.
Parmi les inventions dalíniennes dans le domaine
de ce que nous pourrions appeler « la mode virtuelle
» puisque ses modèles sous forme
décritures et de dessins, nont
pas été réalisés
nous pouvons citer :
- Les robes, avec de fausses intercalaires et bourrées
danatomies factices, destinées à
exciter limagination érotique, comme
Salvador Dalí lui-même le commentait
dans Vogue : « Toutes les femmes avec de faux
seins dans le dos insérés exactement
à la place des omoplates jouiront dun
aspect ailé. »
- Le maquillage au niveau des joues creuses pour éliminer
les ombres sous les yeux.
- Les lunettes kaléidoscopiques particulièrement
recommandées en voiture pendant les voyages
ennuyeux.
- Les faux ongles composés de mini miroirs
dans lesquels on peut se contempler, spécialement
adaptés pour accompagner les costumes du soir.
- Les chaussures musicales de printemps pour égayer
les promenades.
Mais Salvador Dalí ne se limita pas
à imaginer des croquis de mode « virtuels
», il collabora aussi à la réalisation
de dessins « réels » comme :
- Les robes quEdward James lui demanda de créer
pour son amie lactrice Ruth Ford et qui furent
réalisées par Elsa Schiaparelli, la
couturière italienne de Haute Couture installée
à Paris, avec qui il collabora tout au long
des années 1980 pour les motifs des tissus
et pour les dessins de décoration de ses robes
et chapeaux, parmi eux, le célèbre «
chapeau-chaussure » qui fait déjà
partie de limaginaire du surréaliste.
- Les modèles pour les représentations
sur scène : de ses premiers croquis avec la
réalisation des costumes du modèle Mariana
Pineda jusquà ses dessins pour de nombreux
ballets et uvres de théâtre, dans
lequel participaient parmi les plus connus, les modèles
que son amie Coco Chanel avait créés
pour « Bacchanale », le premier ballet
« paranoïaque-kinétique ».
- Les maillots de bain féminins qui compriment
totalement les seins, pour camoufler le buste et donner
ainsi un aspect angélique.
- Le smoking aphrodisiaque recouvert de verres de
liqueur remplis de peppermint frappé.
- Les cravates que Georges McCurrach lui demanda de
dessiner avec les motifs iconographiques emblématiques
Dalíniens : les lèvres collées
à un téléphone-langouste, des
fourmis pullulant sur les montres molles
- Le design capillaire de ses moustaches-antennes
métamorphiques.
- Les flacons de parfums Dalíniens, de «
Rock and Roll » dessinés par Mrs Mafalda
Davis une « eau de toilette » pour
homme qui se vendait plus cher que Dior jusquà
son dernier parfum dont le flacon sinspirait
de « Lapparition du visage de lAphrodite
de Cnide dans un paysage. », en passant par
« Shocking », le parfum rose de Schiaparelli
dont il réalisa la publicité.
- Les fantastiques bijoux que Gala, grande admiratrice
du bijoutier mythique Fabergé, linvita
à dessiner à partir de ses propres iconographies.
- La publicité pour les entreprises de mode
américaine, comme la célèbre
campagne de publicité pour les bas Bryans
que Vogue publia.
- Les déguisements pour les danses de carême,
en commençant par la polémique sur la
tenue de Gala dans « la danse onirique »
réalisée en son honneur par Caresse
Crosby dans le Coq Rouge de New York, jusquaux
robes vénitiennes démesurément
longues pour le bal du Carnaval au Palazo Beistegui,
que Christian Dior réalisa à partir
dun dessin de Salvador Dalí.
Mais le dandy quétait Salvador Dalí
(il réussit à se faire élire
Homme le plus élégant en France) ne
sest pas limité à concevoir des
modèles pour ses femmes aux hanches proéminentes
(les femmes coccyx) et imberbes au niveau des aisselles
(comme les nordiques du type de Greta Garbo) au contraire,
dans le cadre de son roman "Hidden Faces",
il conçut une maison de couture pour les voitures
aux lignes aérodynamiques : robes du soir très
formelles avec dénormes cols rabattus,
toilettes du soir très élégantes
aux décolletés profonds faisant ressortir
les radiateurs entre des froufrous dorgandi
et de larges bandes de satin pour les soirées
de Gala! Hermine pour tapisser les capotes convertibles
des décapotables, avec les poignées
des portières en peau de phoque et manchon
de bison pour couvrir le moteur ! La matérialisation
de ce design Dalínien doublait automatiquement
les podiums de mode et le passage des automobiles
accessoirisées augmentait la part du fantastique...
La Toile Daligram
Salvador Dalí crée La
Toile Daligram à la fin des années
1960, à partir d'un étui de Louis Vuitton.
Il réinterprète les monogrammes de La
Maison Vuitton et décline sa propre ligne d'objets
monogrammés, les "Daligrammes", pour
lui et Gala, mais aussi pour les offrir à ses
amis et aux collectionneurs de ses uvres.
Salvador Dalí, tout au long de son
existence, a ressenti une passion intarissable pour
le graphisme. On retrouve une profusion délirante
de ses dessins graphiques dès ses premières
esquisses, dans ses cahiers et manuels scolaires,
jusquau Traité dEcriture Catastrophéiforme,
un manuscrit de vingt-neuf pages calligraphiées,
quil écrivit de manière impulsive
après la mort de Gala.
Déjà cloîtré dans son
Château de Púbol, il passa par les lettres
quil inventa pour créer un alphabet Dalínien
alors qu'il se trouvait plongé au milieu du
chemin de sa dantesque vie. La trame de ces tracées
discontinus est le résultat dune écriture
énigmatique et idéographique, configurée
par détonnantes stèles de sa propre
personne, des anagrammes du corps érogène,
des marques sismographiques dune vie secrète,
qui nous introduisent dans un monde dune somptueuse
cosmographie où les lignes de peinture, de
dessin et décriture sont mutuellement
attirées et sentrelacent en un point
invisible, dont de la noirceur de lencre de
chine jaillit une constellation extraordinaire de
lettres qui volent à travers lespace
des pages blanches, hors de toute espérance.
Dès le premier regard, la sensuelle volupté
des lettre, leur délicate violence, nous attire
et nous invite à jouir, les yeux fermés,
des formes euphorisantes et lubrifiées par
la main virtuelle qui se glisse fébrilement
comme machinalement poussé par dévanescentes
et fugaces pulsions et qui esquive furtivement la
triviale répétition du stéréotype
alphabétique.
Ces Daligrammes orthographiques de Artsmode Network
S.A, dessinés spécifiquement par Dalí
pour les article de maroquinerie, établissent
un lien frappant avec les monogrammes et les calligraphies
du légendaire malletier Louis Vuitton, dont
le design des valises, des secrétaire, des
sacs de voyage et de tous types daccessoires
conjuguent lart du voyage avec lart de
vivre, des arts qui au sein de lesthétique
Dalínienne se transforment en une machine de
guerre au service du désir, dans sa lutte contre
la suprématie du Principe de Réalité.
Dalí et la science
Dalí était un avide lecteur
de littérature scientifique qui recherchait
la compagnie des hommes de science, parmi lesquels
des prix Nobel, avec lesquels il pouvait discuter
aussi bien de mécanique quantique que de mathématiques
ou de génétique. Sa fascination pour
la science se retrouve dans son art. Cet aspect méconnu
de sa personnalité a fait l'objet en 2004 d'un
film documentaire intitulé The Dali Dimension:
A Genius Lifelong Obsession with Science.
Désintégration de la persistance
de la mémoire
Salvador Dalí, dans le préambule
de son Manifeste de lAntimatière
(1958) explique que : « Durant la période
surréaliste, jai voulu créer liconographie
du monde intérieur, le monde merveilleux de
mon père Freud et jy suis arrivé.
A partir des années 1950, le monde extérieur
celui de la physique a transcendé
celui de la psychologie. Mon père, aujourdhui,
est le Docteur Heisenberg », se référant
au chercheur allemand, spécialisé dans
le domaine de la mécanique quantique, qui reçu
le Prix Nobel en 1932. « Désintégration
de la persistance de la mémoire », née
entre 1952 et 1954 et qui reprend « La persistance
de la Mémoire » (1931), constitue une
uvre emblématique de cette soi-disante
reconversion des coordonnées de la cosmogonie
psychanalytique en coordonnées de la quatrième
dimension, modulées par la relativité
de linteraction espaciotemporelle au sein de
léquation espace-temps : une nouvelle
cosmogonie engendrée par la Révolution
scientifique du milieu du siècle dernier.
De lexploration freudienne de la persistance
de la mémoire inconsciente du sujet humain,
nous passons à la vertigineuse démolition
des structures de la matière réalisée
à laide de la physique nucléaire,
où dans cet espace corpusculaire, les montres
molles de limagination onirique pénètrent
à lintérieur des particules microscopiques.
La méthode paranoïaque-critique, télédirigée
par le nucléaire mystique, nous donne accès
à la nouvelle cosmogonie Dalínienne,
où nous pouvons admirer la persistance de la
mémoire en voie de désintégration
et la matière en processus permanent de dématérialisation.
Dalí et le monde de la photographie
Salvador Dalí montra aussi un réel
intérêt pour la photographie à
laquelle il donna une place importante dans son uvre.
Il harmonise les décors et les photographes
comme un peintre travaille sa toile avec ses pinceaux.
Dalí photographe est la révélation
d'une partie majeure et méconnue de la création
dalinienne. Il travailla avec des photographes comme
Man Ray, Brassaï, Cecil Beaton, Philippe Halsman.
Avec ce dernier il créa la fameuse série
Dalí Atomicus. C'est sans aucuns doute Robert
Descharnes, son ami collaborateur-photographe pendant
40 années, qui a fait le plus de clichés
de Dalí, l'homme et son oeuvre.

Dalí à Paris en 1934, par Carl
Van Vechten
|
Avec le photographe de mode Marc Lacroix,
Salvador
Dalí posa, en 1970, pour une série
de portraits où il s'est mis en scène,
dans des photos délirantes : "Dalí
à la couronne d'araignée de mer",
"Dalí à la chemise d'Elvis Presley",
"Dalí à l'oreille fleurie",
"Avida Dollars", avec le portrait de
Salvador
Dalí, au-dessus d'une enseigne de la Banque
de France, entouré de billets à son effigie,
"Dalí en extase au-dessus d'un nid d'oursins
dans la piscine phallique", etc. Toujours avec
Marc Lacroix,
Salvador Dalí va tenter
une expérience à laquelle il songe depuis
toujours : la peinture en trois dimensions, qui se concrétisera
dans le tableau "Huit Pupilles", fait à
l'aide d'un appareil-prototype à prise de vue
stéréoscopique : des images doubles presque
similaires qui observées simultanément
deviennent, par la magie des lois de l'optique, une
seule et même image avec une profondeur.
L'une des images les plus marquantes est celle du
peintre coiffé d'un chapeau haut de forme sur
les côtés duquel il a disposé
des masques de Joconde. Selon Thérèse
Lacroix il l'a créé pour sa participation
à un bal donné par la baronne Rothschild.
Seule une moitié du visage de Salvador Dalí
apparaît au milieu des sourires énigmatiques
figés.
Dalí sculpteur
Le souhait de Dalí était de traduire
en volume et matière solide les fétiches
et obsessions issus de son inconscient. Cest
ainsi quil restitua sous forme de sculptures
les grands thèmes de son uvre picturale.
Dans la "Vie secrète", lun
de ses récits autobiographiques, Salvador
Dalí raconte quenfant, il fit un
modelage de la Venus de Milo car elle figurait sur
sa boîte de crayon : ce fut son premier essai
de sculpture.
Dès les années 30, Dalí
sessaye à la troisième dimension.
En tant quartiste surréaliste tentant
de traduire linconscient, les rêves, les
sentiments et dans la lignée de Marcel Duchamp
avec ses ready-made (Fontaine 1917), il sintéresse
à lart de « lobjet »
utilisant des matériaux et des matières
inattendues.
Il crée des objets à fonctionnement
symbolique comme Le Buste de Femme Rétrospectif
en assemblant une marotte de modiste en porcelaine
peinte avec différents autres objets de récupération
(1933). Lobjet surréaliste nest
pas pratique, il ne sert à rien à part
attendrir les hommes, les épuiser, les abêtir.
Lobjet surréaliste est fait uniquement
pour lhonneur, il na pas dautre
but que lhonneur de la pensée.
Progressivement, Dalí revient à
une technique traditionnelle. Il commence par une
pâte molle de cire à laquelle il impose
la forme quil veut en concrétisant lirrationalité
de son imagination. Puis, il donne la dureté
nécessaire à sa création en la
coulant en bronze pour quelle puisse prendre
place dans le monde extérieur. Ces sculptures
sont réalisées selon la technique dite
à la cire perdue*. Elles représentent
un aspect significatif de la création artistique
de Dalí et fournissent une synthèse
de son intérêt pour la forme. Ces sculptures
en bronze sont effectivement du surréalisme
dans la troisième dimension.
Conçues par Dalí et réalisées
à partir de ses plus célèbres
tableaux, les sculptures en bronze, telles que la
Persistance de la Mémoire, le Profil du Temps,
la Noblesse du Temps, Vénus à la girafe,
Le Toréador hallucinogène, La Vénus
spatiale, Alice au pays des Merveilles, lEléphant
spatial témoignent avec une vigueur extrême
de la force dexpression de ses images iconographiques
surréelles.
*Technique de la fonte à la cire perdue :
Cette technique permet de fabriquer des objets en
métal à partir dun modèle
en cire. La cire est recouverte dune mixture
réfractaire pour former un moule. Le moule
est soumis à une source de chaleur pour faire
fondre la cire. Cette opération sappelle
le décirage. Lorsque le moule est vide, il
est rempli de métal liquide. Plus tard, le
moule bivalve est ouvert pour mettre à jour
lobjet brut de fonderie. Des opérations
de finition sont alors exécutées pour
apporter le bel aspect à lobjet: ébarbage,
réparure, ciselure et patine.
L'Espace Dalí présente la collection
comprennant plus dune quinzaine de sculptures
originales conférant à cette exposition
son statut de plus importante collection en France.
Dalí et l'architecture
En 1939, pour l'exposition universelle, il créa
le pavillon Dream of Venus. Il s'agissait d'une
attraction foraine surréaliste, avec entre
autres, une Vénus terrassée par la fièvre
de l'amour sur un lit de satin rouge, des sirènes
et des girafes. De cette maison, il n'en reste plus
que le souvenir, une quarantaine de photos d'Éric
Schaal, un film de huit minutes, et le somptueux quadriptyque
aux montres molles, conservé au Japon.
Le peintre a fait du surréalisme un art de
vivre. À Port Lligat, Salvador Dalí
a décoré sa maison à sa manière,
"en prince du kitsch, de l'ironie et de la dérision".
Sa bibliothèque est volontairement inaccessible,
avec des rangées de livres installées
au plus haut du mur, afin que nul ne puisse les atteindre.
Dans l'axe de la piscine phallique, un temple avec
une grande table d'autel, où il s'abrite du
soleil et reçoit ses amis. Le fond de sa piscine,
à la forme phallique, est tapissé d'oursins
; il s'agit d'une commande du maître au sculpteur
César qui a réalisé une coulée
de polyester pour "marcher sur les oursins comme
le Christ a marché sur les eaux". Le patio
a la forme d'une silhouette de femme tirée
de L'Angélique de Millet. Le canapé
est fait selon un moulage des lèvres de Mae
West. Le mur du fond, appelé "mur Pirelli"
est décoré avec de grandes publicités
de pneus.
Dalí et la littérature
Salvador Dalí a écrit, pendant
la guerre, un unique roman Visages
Cachés. Il y met en scène l'aristocratie
française durant cette même guerre et
notamment la passion amoureuse de deux personnages,
le duc de Grandsailles et Solange de Cléda.
Cette dernière est l'illustration de ce qu'il
a lui même nommé le "clédalisme"
ayant pour but de clore "la trilogie passionelle
inaugurée par le Marquis de Sade" dont
les deux premiers éléments sont sadisme
et masochisme. Dalí est également
l'auteur de textes qui exposent ses idées,
sa conception de la peinture et donnent des éléments
biographiques très intéressants pour
comprendre la genèse de certains de ses tableaux.
Ces textes qui ont élé longtemps difficiles
à trouver sont actuellement réédités
sous les titres suivants :
- La
vie secrète de Salvador Dalí
qui donne les éléments biographiques
les plus intéressants notamment sur son enfance,
ses relations problématiques avec son père
et la conviction acquise dès l'enfance qu'il
était un génie.
- Journal
d'un génie qui couvre les années
1952 à 1963.
- Oui qui expose ses conceptions théoriques
dans deux grands textes : La
révolution paranoïaque-critique
qui est sans doute l'un de ses textes les plus importants
et L'archangélisme
scientifique.
Salvador Dalí a aussi illustré
Fantastic memories (1945), La Maison sans
fenêtres, Le labyrinthe (1949) et
La Limite (1951) de Maurice Sandoz, dont il
fit connaissance à New York au début
des années 1940.
Dalí et la sexualité
Dans son livre Dalí
et moi, Catherine Millet révèle
que le fil conducteur de l'uvre de Salvador
Dalí est le sexe : onanisme, scatologie,
impuissance, abstinence, voyeurisme, seraient les
secrets intimes du peintre.
Salvador Dalí se vantait d'être
impuissant, d'où sa propension à peindre
des objets mous. Il n'aurait connu qu'une seule femme,
Gala, l'unique qui le guérit de sa phobie des
femmes qu'il a longtemps comparées à
des mantes religieuses.
Il invitait souvent à ses soirées Amanda
Lear dont il se plaisait, par espièglerie ou
malice, à faire croire à ses interlocuteurs
qu'elle était un homme. Alors inconnue, Amanda
Lear comprit tout le parti qu'elle pourrait tirer,
dans les médias, de cette sulfureuse réputation
et s'autoproclama "égérie de Salvador
Dali".
Il adorait particulièrement les femmes peintes
par Johannes Vermeer. Dans le musée qu'il a
conçu à Figueres,
Dali rend hommage à l'actrice Mae West,
sexe-symbole de l'entre-deux-guerres.
Au final, Catherine Millet, s'interroge sur la puissance
créatrice et l'image de soi et révèle
que les fantasmes de Salvador Dalí sont
essentiellement existentiels ; c'est pour cela qu'il
aurait fait de sa propre vie une uvre d'art,
afin de se libérer de tout narcissisme dans
le but d'exister dans le regard des autres.
Les uvres de Salvador Dalí
Liste non exhaustive de ses uvres :
- 1929 : L'énigme du désir : ma
mère, ma mère, ma mère - Portrait
de Paul Éluard
- 1930 : Fonctionnement symbolique d'un objet
scatologique
- 1931 : La persistance de la mémoire.
- Hallucination partielle Six images de Lénine
sur un piano
- 1932 : Méditation sur la harpe "naissances
des plaisirs liquides"
- 1934 : Enfant géopolitique observant
la naissance de l'homme nouveau - Vestiges ataviques
après la pluie - Le sevrage du meuble-aliment
- 1935 : Réminiscence archéologique
de l'Angelus de Millet
- 1936 : Construction molle avec des haricots
bouillis : Prémonition de la guerre civile
- Cannibalisme en automne - Les Girafes allégées
- Le Téléphone homard
- 1937 : La Métamorphose de Narcisse
- Cygnes réfléchissant des éléphants
- 1939 : Le Rêve de Vénus, Shirley
Temple, le monstre le plus jeune, le plus sacré
de son temps
- 1940 : Marché d'esclaves avec le buste
de Voltaire disparaissant
- 1940 : Vieillesse, adolescance, enfance
- 1941 : Le Miel est plus doux que le sang
- 1944 : Rêve causé par le vol
d'une abeille autour d'une pomme-grenade une seconde
avant l'éveil
- 1946 : La Tentation de Saint Antoine
- 1948 : Léda Atomica
- 1948 : Les éléphants
- 1949 : La Madone de Port Lligat
- 1949 : La Maison Surréaliste
- 1951 : Le Christ de Saint Jean de la Croix
- 1954 : Dalí nu en contemplation devant
cinq corps réguliers métamorphosés
en corpuscules, dans lesquels apparaît soudainement
la Léda chromosomatisée par le visage
de Gala - Le Colosse de Rhodes - Crucifixion - Jeune
vierge autosodomisée par sa propre chasteté
- Autoportrait en Mona Lisa
- 1956 : Nature morte vivante
- 1959 : Paysage aux Papillons - Apparition
du visage d'Aphrodite
- 1965 : La Gare de Perpignan
- 1969 : Le Toréador halluciné
- 1972 : La Toile Dalígram
- Un Christ dentrite long de 12 mètres composé
avec des débris laissés sur la plage
après une terrible tempête.
- 1973 : Perpignon, Dijon, même combats
La symbolique de Dalí
Le Pain
Dalí, tout au long de sa visite
au supermarché, a entretenu une discussion
obsessive avec un vendeur sur le pain. Sa devise lui
est venue de lexpression légendaire:
Du pain, du pain, toujours du pain, rien que du pain.
Sinspirant du rituel liturgique de la communion
chrétienne, grâce auquel le corps et
le sang du Christ se transforment en pain eucharistique,
en lhostie consacrée que le prêtre
offre aux fidèles pendant le sacrifice de la
Messe ; la machine pensante Dalínienne, se
meut toujours avec le désir de matérialiser
des idées et des fantaisies à caractère
délirante, il réalisa la transmutation
du pain comme la clé du fonctionnement symbolique
de son esthétique, en la faisant devenir la
Grande Métaphore du processus de métaphorisation
qui constitue son univers paranoïaque-critique.
Si dans notre culture gastronomique le concept du
pain connote tout ce qui sert en général
à la nourriture quotidienne (« notre
pain de chaque jour ») et que son image se trouve
traditionnellement liée à la constellation
de limaginaire collectif en relation avec le
réseau de significations qui renvoient à
« nutrition », « subsistance »,
« utilité »; à linverse,
Dalí a inventé La Société
du Pain avec laquelle, à laide de ses
poétiques provocations, après un délire
total, il proposait la subversion plastique-symbolique
de cet objet comestible pétri de farine et
deau et doré au four à bois. Dalí
résume le programme "pain" quil
avait pétri avec ses mains : « Cette
chose si bonne au goût que je mange la pate
crue !" En somme, Dalí voulait
projeter le pain de sa fenêtre pour que tout
le monde puisse goûter sa saveur exquise!
Clés
La clé est un objet dutilité
symbolique qui apparaît souvent dans les différentes
mythologies. Dans la mythologie Dalínienne,
il y a un grand jeu autour des clés qui nous
invite à accéder aux chambres secrètes
de son univers singulier et à explorer les
trésors qui sy cachent. Les siestes de
Salvador Dalí avec la clé sont
légendaires et rappellent celles que faisaient
les moines de Tolède.
Il mettait une assiette sur le sol, sasseyait
sur une chaise, de la manière la plus inquisitoriale
qui soit, avec une clé à la main. Pendant
quil dormait, la clé tombait dans lassiette
et, automatiquement, il se réveillait alors
quil avait toujours dans les yeux les visions
énigmatiques des songes de son sommeil réparateur.
Comme cette clé des siestes tolediennes, les
clés de liconographie Dalínienne
nous permettent douvrir les portes du labyrinthe
au centre duquel on trouve les clés secrètes
qui donnent accès à son Royaume Imaginaire
où, dici à léternité,
il nous invite à déchiffrer une énigme
délirante et sans fin.
Fourmis
Salvador Dalí était un grand
passionné des mouches quil considérait
comme linsecte paranoïaque-critique par
excellence, cependant il exprimait une aversion atavique
pour les fourmis. Lorsquil était petit,
il vit une fourmi dévorer un lézard
en état de décomposition. Plus tard,
déjà adolescent, dans ses rites de sublimation
de langoisse et de lexorcisme de la mort,
il avait lhabitude de se risquer à regarder
une caisse pleine de fourmis illuminées par
des gouttes phosphorescentes afin de conjurer le funeste
Destin. Ainsi, ses insectes, emblème de Cérès,
restèrent associés à limage
de la mort et cest pour cela que lapparition
des fourmis tout au long de son uvre transmit
une connotation lugubre. Dalí, toujours
ambivalent, a incorporé à son univers
boulimique le beau qui lexaltait mais aussi
le sinistre qui lhorrifiait et il Dalínisa
aussi bien ses craintes que ses phobies, sentiments
qui étaient, pour lui, inextricablement liés.
Pour lui, la répugnance est une sentinelle
qui reste très proche de nos plus profonds
désirs. Pour preuve, une procession de minuscules
et frénétiques fourmis parcourt toute
son uvre, pullulant à travers ce saisissant,
extravagant et singulier camembert paranoïaque-critique
quest lespace temps Dalínien.
Oursin de mer
Pour Salvador Dalí, loursin
de mer (avec son hémisphère, protégé
par un squelette de calcaire, formé par des
plaques polygonales et couvert dépines
articulées, avec la bouche au milieu de la
face inférieure et larrière train
dans la partie supérieure ) cest un microcosme
parfait modelé à limage du décaèdre.
Pour lui, quand à travers leau agitée
de la mer, il admirait le rythme anesthésiant
et silencieux des oursins; dans le paroxysme de sa
vision, il les imaginait comme la représentation
même de lUnivers. Dans sa vie quotidienne,
Dalí vivait entouré de squelettes
doursin, tous avec leur jolie et délicate
armure à fleur de « chair de poule »,
situés sur les étagères des murs
blancs de son labyrinthe résidentiel de Port
Lligat où il se réfugiait avec Gala
loin des mondanités. Lors de ses banquets,
les oursins ne manquaient pas non plus. Dans un premier
temps, il les considérait comme ladrénaline
la plus appropriée pour déclencher systématiquement
un délire ; par ailleurs, dans différentes
cultures, ils symbolisent la force vitale et le principe
fondamental.
Piano
Quand Salvador Dalí était
petit, le piano à queue était un instrument
de musique réservé aux bourgeois. Aussi,
dans son désir dimiter les cercles daristocrates
distingués, il le disposa dans ses manoirs
à la vue de tous comme un symbole emblématique
de son appartenance à une conception bourgeoise
et spécifique de la « Haute Culture ».
Pour le jeune Salvador Dalí, cet honorable
instrument de musique connotait la putréfaction
qui émanait de la sarment qui pour lui représentait
« lArt » décadent mis au
service de lOrdre Culturel répressif
dune société réactionnaire
quil voulait, dans son désir subversif,
à la fois tester et éradiquer. Cest
à partir de là que vont se préciser
chez Salvador Dalí de fortes pulsions
sadiques pour le piano à queue. Ainsi, par
exemple, les couvercles de ses pianos à queue
apparaissent décorés avec des ânes
dotées dénormes mâchoires
en état de décomposition ou bien des
têtes de mort atmosphériques sodomites
avec de larges os et des orbites vides et démesurés
violant sauvagement les pianos par le clavier ou de
lintérieur émergent des fontaines
nécrophiles dont ruisselle un liquide létal
ou de ses touches bleutées et brillantes apparaissent
soudain une série décroissante de petits
cercles jaunes phosphorescents encadrant le visage
de Lénine.
Eléphant
Léléphant est lanimal
terrestre le plus grand qui existe de nos jours. Dans
la tradition hindou, les éléphants,
étant donné leurs éléphantesques
extrémités inférieures, sont
les cariatides de lunivers. Cet animal mythique,
symbole de la force démesurée et de
la monture des rois, possède paradoxalement,
dans lunivers de Salvador Dalí,
des pattes extrêmement longues et voyage au
trot, avec une ondulation constante et convulsive,
transportant un obélisque sur le dos avec les
emblèmes papaux, comme les éléphants
de Bernini ; tandis quils se caressent à
laide de leur trompes tels les éléphants
de Montaigne. Dans le domaine de la zoologie fantastique
Dalínienne, ces éléphants, graves
et minces à la fois, aux pattes filiformes,
sont le résultat dune zoosynthèse
surréaliste dont lanatomie chimérique
se combine en différentes espèces danimaux
: des pachydermes jusquaux arachnides, en passant
par les oiseaux mouches. En somme, un animal fabuleux
particulièrement approprié pour que
lon puisse monter sur son dos et saventurer
à parcourir à grandes échasses,
les paysages surréalistes de la géographie
Dalínienne.
Carolineta
Carolineta était le tendre diminutif familier
dune tante-cousine éloignée de
Salvador Dalí qui mourut dune
méningite à lâge de 24 ans.
Salvador Dalí, de 10 ans son cadet,
continua de se souvenir de cette douce femme vêtue
de blanc qui sautait toujours à la corde, quil
vit apparaître, lorsquil était
petit, un jour ensoleillé sur la plage enchantée
de Roses. Et ce souvenir infantile gravé dans
sa mémoire, il le recréa, de manière
obsessionnelle, à travers une série
dimages de prédictions spirituelles dans
lesquelles le pressentiment de cette apparition fantasmatique
se propage comme un écho morphologique pour
qui la gracieuse silhouette de Carolineta, se dédouble
constamment, se métamorphose et se fond en
une cloche, dont le tintement inaudible annonce le
réveil de Carolineta de son funeste sommeil
et le moment précis de son retour éternel.
Divers
Avida Dollars
Les artistes avant-gardistes du vingtième
siècle ont toujours dissimulé leurs
liens étroits avec le marché capitaliste
de lart. En revanche, Salvador Dalí,
qui adorait aller à contre-courant, a toujours
fait étalage de sa passion pour largent.
Et ainsi, lorsque André Breton, le père
du surréalisme, voulut le dénigrer en
le caractérisant de « avida dollars »,
sobriquet résultant de la transposition anagrammatique
des lettres « Salvador Dalí »,
celui-ci prit à son compte ce surnom, dans
le but de provoquer et le convertit en lun de
ses symboles les plus significatifs, de telle façon
quil fait désormais partie de sa «
légende dorée ».
En réplique à André Breton,
Salvador Dalí répliqua que sa
prudence lui conseilla dans son adolescence de devenir
autant que possible «légèrement
multimillionnaire». Plus tard, revenant sur
cette affaire, il dit « Ce fut André
Breton, pour piquer à vif mon attirance pour
l'or, qui inventa cet anagramme... Il croyait ainsi
mettre au pilori mon admirable nom, mais il n'a rien
fait d'autre que composer un talisman... L'Amérique
m'a accueilli comme l'enfant prodige et m'a couvert
de dollars... L'or m'illumine et les banquiers sont
les suprêmes prêtres de la religion Dalínienne.
»
Si la majeure partie des mortels travaille pour gagner
de largent, Dalí voulait gagner
de largent pour pouvoir travailler son art.
Pour cela, il décida de sentourer dune
cohorte de princes et de multimillionnaires qui, en
se disputant ses uvres, firent monter sa cote
de façon inimaginable, et depuis lors, il na
pas cessé de pleuvoir sur Dalí
une sorte de pluie divine de Dánae sous forme
de diarrhée de dollars inépuisable qui
lui permit de faire ce dont il avait envie. De cette
façon, avec cette apothéose dalínienne
du dollar, il voulut imiter le vieux désir
alchimiste de transformer une vile matière
en or. Cependant, même si André Breton
avait raison, Dalí avait senti avant
tous l'avènement de la culture de masse et
avait su, en virtuose, être un des premiers
à en profiter.
Anecdotes sur Salvador Dalí
Il fut demandé à Salvador Dalí
de réaliser une uvre sur une vitrine
d'un magasin new-yorkais afin de lancer une nouvelle
marque de parfum appelée "Fracas".
Le jour du lancement, Salvador Dalí
n'avait toujours pas réalisé luvre
demandée. A son arrivée, il lança
un pavé dans la vitrine du magasin.
Un jour, à Paris, alors quil habitait
lHôtel Meurice, rue de Rivoli, Salvador
Dalí convoqua la presse. Dans sa suite
se trouvaient préparés des sacs en papier
contenant des peintures liquides. Salvador Dalí,
solennellement, ouvrit la porte-fenêtre, savança
sur le balcon et jeta les sacs de peinture sur les
voitures en stationnement : la peinture « Explosion
» venait de naître.
En 1955, Dali accepte de donner une conférence
à la Sorbonne. Il crée l'événement
en arrivant en Rolls-Royce jaune et noire, remplie
de choux-fleurs qu'il distribue en guise d'autographes
!
André Breton, excédé par le
mercantilisme de Salvador Dali, l'a surnommé
'Avida Dollars', féroce anagramme du nom du
peintre !
(Anecdotes tirées en partie du livre Mon
ami Dalí de Pierre Cardin)
Dixit
En préface au Journal d'un génie,
Michel Déon résume l'originalité
du peintre :
« (...) ce qui est le plus aimable, et charrin
marc, ce sont ses racines et ses antennes. Racines
plongées profondément sous terre et
a la poste à jette où elles vont à
la recherche de tout ce que l'homme a pu produire
de succulent (selon un de ses trois mots favoris)
en quarante siècles de peinture, d'architecture
et de sculpture. Antennes dirigées vers l'avenir
qu'elles hument, prévoient et comprennent avec
une foudroyante rapidité. Il ne sera jamais
assez dit que Dalí est un esprit d'une curiosité
insatiable. »
Jean Dutourd de l'Académie française
a écrit :
« Salvador Dalí, qui était très
intelligent, avait compris plusieurs choses qui, généralement
échappent aux artistes, la première
étant que le talent (ou le génie) est
une baraque foraine. Pour attirer les clients, il
faut bonimenter, avoir la langue bien pendue, faire
des pitreries et des cabrioles sur une estrade. C'est
en quoi Dalí, dès ses débuts,
excella. Il considérait qu'il était
le plus grand peintre du XXe siècle, cest-à-dire
un artiste classique ayant eu la malchance de tomber
dans une basse époque de son art. Les Trissotin
de l'intelligentsia occidentale et les bourgeois à
leur suite faisaient la loi, c'est-à-dire l'opinion.
Il y a deux façons de se concilier ces gens-là,
dont dépendent les réputations ; la
première est d'être aussi grave qu'eux,
aussi imbu de sa dignité. Ils reconnaissent
aussitôt un membre de la tribu et savent le
lui montrer. L'inconvénient est que pour réussir
une telle attitude il faut être soi-même
un peu un imbécile, (...) Il ne lui restait
que l'autre issue qui est la provocation, c'est-à-dire
les extravagances et l'imprévu en pensée
autant qu'en paroles, la sincérité brutale,
le goût de la facétie, l'iconoclastie
à l'égard de tout ce qui est à
la mode et de ce fait est intouchable. »
L'historien de l'art Michael Peppiatt écrit
à son propos :
« Dalí est passé de la brillance
subversive de sa jeunesse à une vacuité
grandissante et à un exhibitionnisme rémunérateur.
»
Andrew Strauss, expert spécialiste du surréalisme
chez Sotheby's, fait remarquer :
« Dalí a travaillé à la
construction de sa popularité à l'échelle
mondiale. Il a précédé Andy Warhol
dans cette stratégie du culte de l'artiste
star. »
Thérèse Lacroix, l'épouse et
collaboratrice de Marc Lacroix qui durant dix ans
rendra visite à de nombreuses reprise à
Dalí et à Gala, observa :
« Il était impressionnant par son regard
et son port de tête. Il était altier
mais amusant, ne se prenait pas au sérieux.
»
Citations de Salvador Dalí
- «Je serai un génie et le monde m'admirera.
Peut-être serai-je méprisé et
incompris mais je serai un génie, un grand
génie, j'en suis certain.» Déjà,
à seize ans, dans ses carnets intimes.
- «Les deux choses les plus heureuses qui puissent
arriver à un peintre contemporain sont : primo,
être espagnol et secundo s'appeler Dalí
: elles me sont arrivées toutes les deux »
- «Là où il y a Dalí, je
ne m'ennuie jamais.»
- Dalí disait qu'il faisait des photographies
du subconscient peintes à la main : «Ma
peinture n'est autre que la photographie en couleurs
et à la main d'images super-fines extra-picturales
de l'irrationalité concrète.»
- «Je ne fais pas de publicité pour l'argent,
mais pour me permettre de passer un an sur un petit
tableau.»
- «Avec de l'or, il devient tout à fait
inutile de s'engager. Un héros ne s'engage
nulle part ! Il est le contraire d'un domestique.
Il faut vraiment avoir les dents couvertes de Sartre
pour ne pas oser parler ainsi !»
- « Le poète doit, avant qui que ce soit,
prouver ce qu'il dit. »
- « La gare de Perpignan est le centre du monde
!» Lors de sa visite le 27 Août 1965 à
Perpignan.
- « Picasso est espagnol
: moi aussi. Picasso est
peintre : moi aussi. Picasso
est communiste : moi non plus...» Cette citation
aurait inspiré Serge Gainsbourg pour sa chanson
"Je t'aime, moi non plus".
- "La différence entre un fou et moi,
c'est que moi je ne suis pas fou."
Quelques avis de Salvador Dalí
- «Le Corbusier est masochiste et protestant
(...) l'inventeur de l'architecture d'autopunition».
- «de tous les élèves de Gustave
Moreau, le meilleur est celui qui les enseigne».
- Picasso est responsable
de la «laideur généralisée
de l'art contemporain».
- Matisse est un «peintre d'algues tout juste
bon à favoriser la digestion bourgeoise».
Livres sur Salvador Dalí
- La
Vie secrète de Salvador Dalí
écrit par Salvador Dalí à
l'âge de vingt-neuf ans
- Les
Cocus de viel art moderne de Salvador Dalí
- Le
Siècle de Dalí
- Salvador
Dalí
- Dalí, l'univers fantasmagorique -
Musée Dalí, Espace Montmartre
- Dalí
- Dalí
et moi de Catherine Millet, livre sur la vie
sexuelle de Dalí.
- Salvador
Dalí 1904-1989
- Pensées
et anecdotes, de Salvador Dalí
- Dalí
: l'oeuvre peint Coffret 2 volumes. Tome 1 : 1904-1946.
Tome 2 : 1946-1989
- Oui.
La révolution paranoïaque-critique, l'archangélisme
scientifique, Salvador Dalí
- Dalí.
Le dur et le mou, Sortilège et magie des formes
Sculptures et Objets
- Dalí.
L'héritage infernal
- Dalí
- Jours
intimes chez Dali
(Source : Wikipedia,
licence GFDL).