Flux et reflux
La conquête musulmane
Depuis la fin de l'Hispanie romaine, les Wisigoths
ont dominé la péninsule ibérique
(période dite de l'Hispanie wisigothe).
Après l'invasion musulmane en 711 et la bataille
de Guadalete, presque toute la péninsule tombe
sous la domination maure en moins de cinq ans. La
Reconquista / Reconquête commence en
718 lorsque les musulmans sont défaits à
la Bataille de Covadonga par le Wisigoth Pélage
(Pelayo). De ce fait, seule la frange nord
de l'Espagne, correspondant aux actuels Pays
basque, Cantabrie
et Asturies, reste sous
domination chrétienne. Mais ce n'est que plusieurs
siècles plus tard que les Chrétiens
envisageront leurs conquêtes comme un effort
commun pour restaurer le royaume wisigothique.
Les combats contre les Maures n'empêchèrent
pas les royaumes chrétiens de s'affronter entre
eux ou de s'allier aux souverains musulmans. Par exemple,
les premiers rois de Navarre
(Eneko Arista et ses successeurs) étaient apparentés
aux Banu Qasi (Wisigoths convertis à l'Islam)
de Tudela. Les souverains
maures avaient souvent des épouses ou des mères
chrétiennes. Et certains champions de la Chrétienté
comme le Cid étaient parfois au service des
rois taïfa contre leurs voisins.
La faiblesse des royaumes chrétiens et leurs
divisions internes les rendant vulnérables,
nombre d'entre eux devaient s'acquitter d'un tribut
à reverser aux seigneurs musulmans, ce qui
s'apparentait à une forme de vassalité.
Le renouveau des Etats de la marche espagnole
En 978, Al-Mansur, devient le calife de Cordoue,
Hisham II et prend ainsi la réalité
du pouvoir. Contrairement à ses prédécesseurs
il brille par sa violence et son intolérance
religieuse. De nombreux juifs et mozarabes se réfugient
dans les états de la marche espagnole. Leurs
connaissances vont enrichir celles qui sont conservées
dans les monastères Catalans (l'ancien royaume
wisigoth était le conservatoire des connaissances
de l'empire romain).
En 985, Al-Mansur attaque et pille Barcelone,
emmenant avec lui de nombreux esclaves. Le comte Borell
II demande de l'aide à son suzerain Hugues
Capet. Ce dernier ne daignant pas lui répondre,
le comte prend une indépendance de fait. Paradoxalement,
cet événement marque le début
d'une phase de développement de la Catalogne
qui entraîne les autres États de la marche
espagnole. Borell sécurise le territoire, même
si dans un premier temps, il doit négocier
: de nombreux catalans louent leurs services comme
mercenaires du calife. Revenus en Catalogne,
ils utilisent les techniques agricoles connues dans
le califat de Cordoue
(particulièrement évoluées car
les premiers colons sarrasins étaient des paysans)
et réinjectent leur solde dans l'économie.
Ils construisent des moulins, irriguent la terre.
Les échanges commerciaux avec le califat augmentent
rapidement. Il en résulte une poussée
démographique et technique dès la fin
du Xe siècle. La poussée monastique
et le développement du Pèlerinage
de Saint-Jacques-de-Compostelle permettent la
transmission de cette poussée technique aux
autres États de la marche espagnole, puis au
reste de l'Europe. En effet, au cours des Xe et XIe
siècles, le culte de saint Jacques commence
a se répandre et les rois de Navarre
et de Léon améliorent
les routes et construisent des ponts afin de faciliter
les pérégrinations. Dans le même
temps, l'essor monastique particulièrement
fort sur la route du pèlerinage permet de fixer
sur papier les connaissances et les transmettre au
reste de l'ordre. Les écrits ne sont pas tous
religieux, beaucoup traitent de techniques agricoles.
Le large recours aux moines convers contribue à
diffuser ces techniques dans les villages avoisinants
et donc à l'Europe entière.
La culture n'est pas en reste : à partir du
Xe siècle (vers 970), Gerbert d'Aurillac (futur
pape Sylvestre II en l'an mil) va compléter
son éducation (particulièrement en mathématiques
et en philosophie) dans les monastères Catalans
de Vic et Ripoll, preuve que les échanges culturels
sont déjà importants dans la péninsule
Ibérique et que les auteurs antiques n'y sont
pas inconnus. Il commence à introduire en occident
la philosophie d'Aristote (connue par les Arabes).
Il introduit le savoir musulman (mathématicien
Al-Khuwarizmi), particulièrement l'astronomie,
les mathématiques, l'algèbre (les nombres).
Cette introduction se poursuivra au XIIe siècle,
entre 1120 et 1190 dans des centres situés
à Tolède et dans plusieurs villes d'Italie.
Ce sont donc des États riches, structurés
et détenteurs d'une technologie aussi avancée
que celle du califat de Cordoue
qui vont mener la Reconquista. L'intolérance
religieuse et la violence d'Al-Mansur a laissé
des traces : les États espagnols bénéficient
du soutien de la population dans les territoires repris
(l'instauration de la religion catholique obligatoire
n'aura lieu qu'au XVIe siècle).
La reconquête chrétienne
Mais après l'effondrement du califat omeyyade
de Cordoue au XIe
siècle et son émiettement en une multitude
de royaumes, les divisions au sein de l'espace musulman
deviennent également importantes. De plus,
ils ne purent que rarement compter sur un soutien
du reste du monde musulman, au contraire des Chrétiens
à partir de 1064 qui bénéficiaient
de réguliers renforts venus notamment de France.
Ces derniers parvinrent de ce fait à rétablir
au fil de victoires et de reconquêtes leur domination
sur la péninsule.
L'Andalousie musulmane perd son indépendance
à la fin du XIe siècle avec la conquête
des Almoravides berbères, venus du Maroc, qui
donnent un coup d'arrêt à l'avance chrétienne
à Zalaca. C'est aussi la fin d'un âge
d'or culturel : les Almoravides, sunnites austères
et rigides, favorisent plus les religieux que les
poètes ou les philosophes.
L'affaiblissement du sultanat almoravide entraîne
une seconde vague de l'islam berbère, celle
des Almohades de tendance chiite, qui en 1147 dominent
le Maroc et al-Andalus, après avoir infligé
une défaite aux Castillans lors de la bataille
d'Alarcos (voir conquête des Almohades). Mais
ce contre-mouvement est annihilé au XIIIe siècle
lorsque les royaumes chrétiens s'unissent et,
soutenus par une nouvelle croisade, défont
les Musulmans à la bataille de Las Navas de
Tolosa en 1212.
La prise de Cordoue
et de Séville
par les Castillans est complétée par
les dernières campagnes de la Reconquista
aragonaise (Valence
et Baléares)
et portugaise (Algarve). Les musulmans ne dominenent
plus que dans le royaume abencérage de Grenade.
Dans les derniers temps d'al-Andalus, la Castille
- unie définitivement au Royaume de León
depuis 1230 - a suffisamment de forces militaires
pour conquérir le royaume de Grenade,
mais ses souverains préfèrent soumettre
les taïfas à un tribut (paria). C'était
avec le commerce des productions de Grenade le principal
mode d'introduction de l'or africain dans l'Europe
médiévale.
La chute de Grenade, dernier bastion musulman
Le Royaume de Grenade,
alors sous la forme de l'émirat de Grenade,
avait été reconnu comme vassal par la
Castille depuis 1246 et ainsi devait lui payer un
tribut. De temps en temps, éclataient des conflits
par le refus de payer et qui se terminaient par un
nouvel équilibre entre l'émirat maure
et le royaume catholique. En 1483, Muhammad XII devient
émir. dépossédant son propre
père, évènement qui déclencha
les guerres de Grenade.
Un nouvel accord avec la Castille, provoqua une rébellion
dans la famille de l'émir et la région
de Málaga se sépara
de l'émirat. Málaga
fut pris par la Castille et ses 15 000 habitants furent
faits prisonniers ce qui effraya Muhammad. Ce dernier,
pressé par la population affamée et
devant la suprématie des rois catholiques,
qui avaient même de l'artillerie, capitule le
2 janvier 1492 terminant ainsi onze ans d'hostilité
pour Grenade et
sept siècles de présence du pouvoir
islamique en Espagne. La présence des populations
musulmanes ne prit fin qu'en 1602, lorsqu'elles furent
expulsées d'Espagne par Philippe III.
La religion, moteur de la reconquête
Au haut Moyen Âge, la lutte contre les Maures
fut assimilée à une croisade spécifique
à la péninsule Ibérique, générale
pour la chrétienté. Des Ordres militaires
comme l'Ordre de saint Jacques, l'Ordre de Calatrava,
l'Ordre d'Alcantara, l'Ordre d'Avis et même
les Templiers furent fondés dans ce but ou
y participèrent.
Les papes appelèrent en plusieurs occasions
les chevaliers européens à la croisade
dans la Péninsule. La bataille de Las Navas
de Tolosa (1212) vit la victoire d'une coalition d'Aragonais,
de Français, de Navarrais, de Léonais,
de Portugais, et des Castillans, qui dirigeaient les
opérations, sous les ordres de leur roi, Alphonse
VIII.
Les chrétiens de langue castillane firent
de saint Jacques le Majeur le saint patron de la Reconquista
/ Reconquête il demeure aujourd'hui
le saint patron de l'Espagne sous le qualificatif
de Santiago Matamoros (« saint Jacques le Tueur-de-Maures
»). Les catalans développèrent
plutôt le culte de saint Georges (Sant Jordi),
autre saint guerrier, encore patron de la Catalogne.
Les vastes territoires attribués aux ordres
militaires et à la noblesse sont à l'origine
des actuelles grandes propriétés d'Andalousie
et d'Estrémadure.
La séparation en communautés de la
société espagnole par les Arabes, du
fait d'un système ségrégationniste
: la dhimma puis son application réciproque
par les royaumes chrétiens pendant la reconquista
ne permirent jamais un métissage total entre
chrétiens, musulmans et juifs. Dès 1492
et la chute de Grenade,
sont promulguées les lois sur la pureté
du sang, puis imposant la foi catholique à
l'ensemble du royaume, les rois catholiques prononcent
l'expulsion des juifs non convertis d'Espagne, provoquant
la deuxième diaspora. Les musulmans non convertis
seront expulsés dix ans plus tard, en 1502.
Ne restent alors en Espagne que de nouveaux convertis
appelés les Morisques. Ceux-ci seront définitivement
expulsés, un siècle plus tard en 1609.
La société de la Reconquista
La Reconquista donna lieu à des phénomènes
sociaux particuliers :
- Les Mozarabes sont les descendants des Wisigoths
ou des Romains qui ne se convertirent pas à
l'islam. Certains émigraient vers le Nord lors
de persécution.
- Les Muladis sont les chrétiens convertis
à l'islam lors de la conquête.
- Les Renégats sont des chrétiens qui
lors de la Reconquête se convertirent à
l'islam et se retournèrent contre leurs anciens
compatriotes.
- Les Mudéjars sont les musulmans demeurant
dans les terres reconquises par les chrétiens.
Ils étaient surtout des paysans. Leur habitude
architecturale donna lieu à un style fréquemment
employé dans les églises que faisaient
ériger leurs nouveaux seigneurs. Les descendants
à partir de 1492 furent appelés Moriscos.
Aujourd'hui sur la côte méditerranéenne
les fêtes de moros y cristianos («
Maures et chrétiens ») reconstituent
ce conflit au travers de parades colorées.
Chronologie de la reconquista

- 711 : Bataille de Guadalete ; les Musulmans pénètrent
en Espagne.
- 718 : Les musulmans sont défaits à
Alcama par le Wisigoth Pélage (Pelayo).
- 722 : Bataille de Covadonga remportée par
Pélage.
- 732 : Bataille de Poitiers, Charles Martel arrête
la progression musulmane au nord des Pyrénées.
- 750 : Les forces d'Alphonse Ier le Catholique, duc
de Cantabrie,
occupent la Galice
abandonnée par les Berbères.
- 778 : Une partie de l'armée de Charlemagne
est défaite à la bataille de Roncevaux
par les Vascons ; mort de Roland.
- 785 : Les Francs prennent Gérone.
- 801 : Les Francs prennent Pampelune.
- 929 : L'émir de Cordoue
prend le titre de calife.
- 1045 : Naissance de Rodrigo Diaz de Bivar.
- 1064 : «Croisade» de Barbastro. Pour
la première fois, des troupes venues de France
- commandées par Guillaume VIII d'Aquitaine
- et d'Italie interviennent à l'appel du pape.
La ville de Barbastro est prise en juin. La ville
redevient musulmane l'année suivante.
- 1085 : Alphonse VI de León le 25 mai prend
Tolède. La reconquête
de lancienne capitale wisigothique eut un effet
considérable.
- 1086 : Les renforts des berbères almoravides
permettent de vaincre Alphonse VI de León à
la bataille de Sagrajas.
- 1094-1099 : Rodrigo Diaz de Bivar, le Cid Campeador,
roi de Valence.
- 19 novembre 1096 : Pierre Ier d'Aragon remporte
la bataille d'Alcoraz qui lui ouvre les portes de
Huesca dont il fait sa nouvelle capitale.
- 30 mai 1108 : Bataille d'Uclès, les troupes
castillanes sont mises en pièce, l'infant Sancho,
héritier unique trouve la mort.
- 24 janvier 1110 : L'armée musulmane est écrasée
à la bataille de Valtierra.
- 1117-1118 : Conquête du royaume de Saragosse
par les Aragonais et leurs alliés Francs.
- 1119 : Prise de Tudèle,
Borja, Tarazona et Soria.
- 1120 : Bataille de Cutanda remportée par
les Aragonais et leurs alliés Francs face à
une très forte armée musulmane.
- 1125-1127 : Expédition du roi d'Aragon pour
aider les Mozarabes de Grenade
qui assiègent la ville mais il doit se replier,
ramenant avec lui quelque 10 000 Mozarabes.
- 1137 : Alphonse VII de Castille et de León
s'intitule «empereur d'Espagne».
- 1156 : Création de l'Ordre d'Alcantara.
- 1158 : Création de l'Ordre de Calatrava.
- 1170 : Création de l'Ordre de Santiago.
- 1180 : Alphonse VIII de Castille s'empare de Plasencia
(Estrémadure).
- 1177 : Alphonse VIII de Castille prend Cuenca.
- 1195 : Victoire des troupes califales à la
bataille d'Alarcos.
- 16 juillet 1212 : La bataille de Las Navas de
Tolosa est remportée par une coalition
d'Aragonais, de Castillans, de Français et
de Navarrais.
- 1229 : Alphonse IX de León prend Caceres.
- 1229 : Jacques Ier d'Aragon
conquiert les Baléares.
- 1230 : Alphonse IX de León prend Badajoz
et Mérida (Estrémadure).
Il meurt peu de temps après, permettant à
son fils, Ferdinand III de Castille, d'unir définitivement
les deux royaumes.
- 1231-1288 : Protectorat aragonais sur Minorque.
- 1236 : Castillans et Léonais prennent Cordoue.
- 1237 : Les Aragonais remportent la bataille du Puig
Cebolla.
- 1238 : Conquête du Royaume
de Valence par Jacques Ier d'Aragon.
- 1243 : Ferdinand III de Castille et de León
impose un protectorat au royaume de Murcie.
- 1246 : Castillans et Léonais prennent Jaén.
- 1248 : Castillans et Léonais prennent Séville.
- 1248 : Soulèvement à Valence.
- 1264 : Grande révolte mudéjar en Andalousie.
- 1275 : Soulèvement à Valence.
- 2 janvier 1492 : les Rois Catholiques prennent Grenade,
fin de la Reconquista.
Participants étrangers à la Reconquista
La reconquista ne fut pas seulement l'affaire
des Espagnols, de nombreux chevaliers de toute l'Europe
y participèrent et le Portugal fut même
fondé par un membre de la maison de Bourgogne.
- Roger de Tosny (Normand) (vers 1020)
- Guillaume VIII d'Aquitaine, lors de la «croisade»
de Barbastro (1064).
- Robert Crespin (Normand), lors de la «croisade»
de Barbastro (1064)
- Eble de Roucy (1064)
- Rotrou du Perche en 1114.
- Gaston IV de Béarn dit le Croisé à
partir de 1105.
- Guillaume IX d'Aquitaine en 1117.
- Raymond de Bourgogne (1059-1107), second fils du
duc de Bourgogne. Comte de Galice,
se maria avec l'héritière de Castille
et Leon Urraque de Castille, fille d'Alphonse VI de
Castille.
- Alphonse Henri de Bourgogne fondateur du Portugal.
- Robert Burdet (Normand) se taille une principauté
autour de Tarragone (1128-1161)
- Arnaud Amaury participe à la Bataille de
Las Navas de Tolosa le lundi 16 juillet 1212.
L'Espagne des Trois Religions
L'Espagne exemplairement chrétienne, garde
de l'Occident et rempart contre l'Afrique, se devait
de promouvoir de fortes personnalités, après
les grands "Arabes" les califes bâtisseurs
de Cordoue du Xe
siècle ou le penseur de Cordoue
du du XIIe siècle, Averroès. La péninsule
missionnaire donne donc au monde médiéval
de grands noms, saint Dominique de Guzman le fondateur
de l'Ordre de prêcheurs, saint Raimond Lull
l'évangelisateur du Maghreb, également
philosophe et savant et puis encore saint Raimond
de Peñaford l'organisateur des "Disputes"
avec les théologiens juifs. Car cette Espagne
des Trois Religions avait bien sûr ses Juifs,
sans lesquels elle n'aurait pu être si complète,
contre lesquels elle voulut aussi lutter et qu'elle
décide de chasser ou d'assimiler, un jour de
1492.
(Source : Wikipedia,
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