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GUERRE CIVILE D'ESPAGNE 1936

Aux élections de février 1936, le Front National dominé par la CEDA remporte 33,2 % des suffrages et 191 sièges (+ 18 centristes mais est devancé par le Front Populaire qui avec 34,3 % des voix remporte 254 sièges aux Cortes grâce à des arrangements dénoncés par le président Niceto Alcalá Zamora et à une abstention importante (qui quoique en baisse par rapport à 1933 (90%) représente le tiers restant). À droite, on pense que cette coalition de gauche va faire une révolution, à gauche, on considère que la droite voulait établir une dictature fasciste. Il est à noter que certains anarchistes ont appelé à voter « Front populaire », ce qui constitue une des rares exceptions à leur principe d'abstention aux élections. Pour la plupart, cette attitude n'est pas due à un vote d'adhésion ou un "vote utile" mais plutôt à un vote tactique. En effet, le Front populaire a promis la libération de tous les prisonniers politiques, dont les 15.000 militants anarchistes et/ou anarcho-syndicalistes.

Le Front populaire tente de reprendre l'action du gouvernement de 1931, mais le climat est difficile. D'un côté, une partie du peuple, vivant très souvent dans des situations de grande pauvreté, met souvent en œuvre, de sa propre initiative, les réformes sociales promises par les partis du Frente popular, qui tardent à venir. De l'autre, les notables, industriels ou paysans aisés, qui n'ont que peu de confiance dans le régime républicain ou dans le parlementarisme pour maintenir l'ordre, et sont radicalement anticommunistes. Les crimes politiques se succèdent, commis par les milices ouvrières (nombreux massacres de prêtres) ou par les milices nationalistes et les représailles s'enchaînent. L'État ne maintient plus l'ordre.

Le groupe de généraux responsables du putsch était formé depuis 1933-1934, et la décision de passer à l'acte, est intervenue en mars 1936. Sanjurjo, en exil au Portugal depuis son putsch raté de 1931, en était le chef, Mola l'organisateur, secondé par Cabanillas, Fanjul, Goded et Queipo de Llano. Franco connaissait dès le départ le projet, mais hésitait à s'engager. l'assassinat par des membres des forces de sécurité républicaines d'un des chefs et député de la droite monarchiste, José Calvo Sotelo le 13 juillet 1936, le décide à agir. Non sans mal, les militaires obtiennent l'appui des milices Carlistes et de la Phalange.


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Le complot militaire

Dès le lendemain des élections de 1936 qui voient la victoire du Frente popular, des complots apparaissent avec les généraux Sanjurjo, Mola, Goded, Fanjul, et, moins nettement, Franco.

Le gouvernement a vent de ces conspirations mais sa seule réaction est de déplacer les hauts responsables de l'armée soupçonnés de complot loin de la capitale : Mola se retrouve muté à Pampelune, Franco aux îles Canaries. La première réunion des conjurés a lieu le 8 mars 1936 à Madrid et l'insurrection est prévue pour le 19 ou 20 avril, sous la direction de Sanjurjo, en exil au Portugal depuis sa tentative de coup d'État ratée de 1932.

Mais Mola reste en position de force : il a été muté dans une région qui est probablement parmi les plus antirépublicaines d'Espagne et peut donc comploter à loisir. Le 5 juin 1936, il élabore un premier projet politique fondé sur la disparition de la République et sur l'unité de l'Espagne. Dès juin, les contacts se tissent entre conjurés. Le coup d'État doit être retardé car Mola a quelques soucis pour s'allier les milices carlistes de Navarre qui exigent un retour à une monarchie conservatrice.

L'assassinat de Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 met le feu aux poudres. Les militaires décident de lancer l'offensive les 17 et 18 juillet (péninsule), sans réel objectif politique autre que le renversement du pouvoir de gauche ; la forme républicaine de l'Etat n'est pas encore contestée.

L'épilogue annoncé, les préparatifs d'un putsch
L'échec électoral de la CEDA aux elecciones de février 1936, avait discrédité Gil Robles au bénéfice des partisans du coup d'État. Toutefois, les gouvernements du Front populaire ont été plus modérés que ceux du premier exercice biennal et n'avaient pas inclus de ministres socialistes.

Le nouveau ministre de la Guerre, le général Carlos Masquelet, laisse ses collègues Villegas, Saliquet, Losada, Gonzalez Carrasco, Fanjul, Orgaz et Varela sans affectation et déplace à Goded, Franco et Mola vers d'autres postes moins importants.

La réaction ne se fait pas attendre. Le 8 mars, les anciens généraux écartés se réunissent au domicile madrilène de Delgado Barreto, un collaborateur de Primo de Rivera. Se sachant soutenus par une base civile solide, ils décident du jour du soulèvement, le 20 avril, après avoir laissé la préparation entre les mains d'une junte présidée par Rodriguez del Barrio. Toutefois, le gouvernement découvre la conspiration et Rodriguez del Barrio, gravement malade d'un cancer, fait marche arrière.

Devant cette Junte inopérante, Mola prend à sa charge la préparation du putsch mais comme il n'est qu'un général de Brigade, il se fait appuyer par l'autorité du chef de la conspiration, le lieutenant général Sanjurjo, alors exilé au Portugal, qui le laisse faire.

Mola, sous le pseudonyme de Director, étend son réseau aux garnisons, aidé par l'Union Militaire Espagnole (l'UNIT), une société secrète militaire. Comme ses dirigeants ne sont que des commandants et des capitaines, ils ne peuvent pas affilier des généraux, mais par contre, un grand nombre de membres de l'État Major.

Finalement, non seulement on avait recueilli des militaires mécontents et ennemis du régime, mais aussi une paire de généraux républicains.

Le général Queipo de Llano, irrité parce que son compère Niceto Alcala Zamora vient d'être destitué et Miguel Cabanellas avec lequel ils avaient évolué vers le lerrouxisme (politique d'Alejandro Lerroux), rallient les opposants au nouveau gouvernement.

En revanche, Mola ne parvient pas à convaincre Franco. Quatre années auparavant, pendant l'été 1932, lors du procès de Sanjurjo pour rébellion militaire et alors qu'il encourait la peine de mort, Franco s'était refusé à le défendre avec une phrase cruelle : « Général, vous avez gagné le droit de mourir ». Depuis lors, Sanjurjo le haïssait. C'est pourquoi Franco se refuse à prendre part à un complot dont il est le chef.

Toutefois, tous les conjurés espèrent le persuader de se joindre au complot. Angel Herrera Oria convainc Juan March (financier espagnol) de déposer 500 000 pesetas à son nom dans une banque française, un montant similaire à celui destiné à Mola. Il finance aussi la location d'un avion britannique (Dragon Rapide), piloté par un mercenaire, le captain Bebb, que Luis Bolín, correspondant d'ABC à Londres, fait envoyer aux îles Canaries par ordre du journaliste et éditeur du journal ABC, Juan Ignacio Luca de Tena. Dans l'hypothèse du ralliement de Franco à la conspiration, l'appareil devait servir à le transporter au Maroc pour remplacer le général Agustín Gómez Morato, considéré loyal à la République.

Malgré les menaces de putsch, le gouvernement du Frente Popular ne prend aucune mesure pour le prévenir, se contentant de muter les généraux les plus compromis, comme Franco aux Canaries, ce qui ne l'a pas empêché d'y participer.

Le coup d'État raté et l'enlisement

Le coup d'État débute le 17 juillet au Maroc où Franco prend le commandement des troupes, après être arrivé en avion des îles Canaries. Le putsch se diffuse à travers la métropole dès le lendemain.

Les premiers communiqués du gouvernement, après 24 heures, se veulent rassurants, reconnaissant uniquement qu'une partie de l'armée s'est soulevée au Maroc. À Séville, des travailleurs désarmés tentent en vain de s'opposer au soulèvement ; le gouvernement refuse de donner des armes aux travailleurs qui en réclament, menaçant de faire fusiller ceux qui leur en fourniraient.

Le gouvernement républicain tente une conciliation avec les militaires. Le président Manuel Azaña propose la mise en place d'un gouvernement de compromis à la place du Frente Popular : le 18 juillet, il nomme Diego Martinez Barrio à la tête du gouvernement, mais il doit rapidement constater l'échec de ses efforts. Ni du côté nationaliste avec Mola, ni du côté républicain avec le socialiste Largo Caballero, on ne veut de compromis. L'issue guerrière est inévitable, et dès le lendemain de sa nomination, Martinez Barrio démissionne, remplacé par José Giral.

Le 17 juillet, à Barcelone, les travailleurs de la CNT commencent à s'armer, dans les arsenaux et les chantiers navals. Leur détermination fait basculer de leur coté la Garde Civile et la Garde d'Assaut, obligeant les militaires à capituler dans la deuxième ville du pays. Quand le gouvernement décide de donner des armes à la population, celle-ci était, de fait, déjà armée.

À Madrid, des armes sont finalement distribuées, là aussi, aux ouvriers mais elles manquent de culasses. La population lance cependant un assaut, le 20 juillet, contre la caserne de la Montana et s'en empare.

Si certaines régions tombent rapidement (Navarre, Castille-León, Galice, Andalousie occidentale, grandes villes d'Aragon), le reste du pays reste fidèle à la République. Madrid, Valence et Barcelone, malgré le soulèvement de la garnison locale, restent aux mains des républicains, grâce notamment aux milices ouvrières très vite mobilisées. Au bout d'une semaine, le pays est coupé en deux zones à peu près égales : d'un côté les nationalistes, de l'autre les républicains qui conservent les régions les plus riches et industrielles.

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