La guerre d'Espagne, connue également
en France sous le nom de guerre civile espagnole
et parfois désignée sous celui de
révolution espagnole, est un conflit
qui opposa, en Espagne, le camp des « nationalistes
» à celui des « républicains
». Elle se déroula de juillet 1936
à mars 1939 et s'acheva par la défaite
des républicains et l'établissement
de la dictature de Francisco
Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu'à
sa mort en 1975.
Cette guerre fut la conséquence dramatique,
sur le long terme, des malaises sociaux, économiques,
culturels et politiques qui accablaient l'Espagne
depuis plusieurs générations, et de
l'exacerbation croissante des divisions et des clivages
entre Espagnols depuis la proclamation de la IIe
République en 1931. Elle trouva son déclenchement
plus immédiat le 18 juillet 1936 lorsqu'un
soulèvement militaire partiellement tenu
en échec tenta de renverser le gouvernement
de Frente Popular issu des élections libres
de février 1936.
Le camp nationaliste fut constitué par des
rebelles opposés au pouvoir légal.
Ils se dénommaient eux-mêmes nacionales
(« nationaux »), tandis que leurs opposants
les appelaient fascistas (fascistes) ou facciosos
(« factieux ») ; quand le général
Franco prit leur tête, on se mit à
les désigner également sous le nom
de « franquistes ».
Le camp républicain se composait quant à
lui de différentes forces unies contre le
front nationaliste. De nombreux militants issus
de diverses tendances (anarchistes, communistes,
démocrates, socialistes, etc.) surnommés
rojos (les « rouges ») par leurs
ennemis, s'engagèrent aux côtés
des forces armées loyales envers la République
espagnole, certains pour défendre la démocratie
parlementaire et d'autres pour tenter de constituer
des formes alternatives de gouvernement.
Cette guerre prit aussi la forme, dans certains
territoires sous contrôle républicain,
d'une révolution sociale qui collectivisa des
terres et des usines et expérimenta notamment
différentes sortes d'organisation de type socialiste
(soutenues notamment par des anarchistes).
Particulièrement violente, et durablement
traumatisante, la guerre d'Espagne est tristement
célèbre comme théâtre de
multiples exactions. Elle vit en particulier les premiers
bombardements terroristes sur les civils, perpétrés
par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste alliés
de Franco, l'élimination
du POUM antistalinien par le NKVD, des massacres spontanés
de suspects, d'hommes d'Eglise ou de membres des classes
moyennes et dirigeantes par des anarchistes et des
communistes dans les mois qui suivirent la sédition
militaire, tandis que le nouvel Etat nationaliste
se construisait à travers la terreur et l'épuration
systématiques. En particulier, les franquistes
refusèrent toutes les propositions adverses
de compromis et poursuivirent longuement, après
leur victoire, une répression de masse d'une
rigueur et d'une durée particulièrement
saisissantes.
Cette guerre civile fut également le
théâtre des prémices de la Seconde
Guerre mondiale, les futurs belligérants européens
commençant à s'y affronter plus ou moins
directement : l'Allemagne d'Hitler et l'Italie de
Mussolini apportèrent leur soutien à
Franco, tandis
que l'Union soviétique de Staline vendit des
armes aux républicains (tout en cherchant la
prise de pouvoir au sein de la République).
La France et le Royaume-Uni choisirent la neutralité
mais laissèrent les Brigades Internationales
s'engager aux côtés des républicains.
La guerre d'Espagne divisa et passionna les
opinions publiques du monde entier. L'engagement de
nombreux intellectuels et artistes auprès des
combattants, en particulier dans les Brigades internationales,
a contribué à lui faire acquérir
très vite une dimension légendaire qui
perdure encore.
Vidéo sur la guerre civile espagnole
: Des maquis de France aux maquis d'Espagne
Événements militaires et politiques
Contexte politique
La Seconde République espagnole a été
proclamée en 1931.
Après les élections générales
de 1933, la Confederación Española
de Derechas Autónomas (CEDA), devient le
premier parti en nombre d'élus des Cortes.
Disposant de cette majorité relative, José
María Gil-Robles le chef de la CEDA, s'attend
à être appelé pour former le nouveau
gouvernement mais le président de la République,
Niceto Alcalá Zamora préfère
faire appel à Alejandro Lerroux (radical) pour
former une coalition de centre droit (le bienio
negro) qui comprend sept ministres minoritaires
issus des rangs de la CEDA. Une partie de la gauche
menace d'appeler à l'insurrection si la CEDA
forme le gouvernement. Déjà, dans divers
endroits, des militants anarcho-syndicalistes accompagnés
de quelques autres socialistes déclarent dans
des zones restreintes comme des villages des situations
de communismo libertario, pendant quelques semaines
au maximum. Ce fut notamment le cas de Casas Viejas
(Cadix) en janvier
1933. La CNT a également déclenché
le 8 décemebre 1933 une insurrection à
Saragosse. Le pays est
donc déjà à moitié dans
un climat révolutionnaire (tenons compte que
ce ne sont que des exemples).
En septembre et octobre 1934, des insurrections socialistes
et anarchistes ont lieu en Catalogne,
(qui fait brièvement sécession), à
Madrid et dans les
mines des Asturies. Elles
sont considérées par les communistes
comme une tentative de coup d'État similaire
à celui d'octobre 1917 en Russie. Au printemps
1934, soucieuse à cause de l'entrée
prévue de la CEDA au gouvernement, démarche
pourtant légale, la direction du PSOE s'oriente
vers une stratégie révolutionnaire de
prise du pouvoir. Des soviets sont organisés
dans la seule région prête, la région
très ouvrière des Asturies
où les socialistes avaient obtenu leurs meilleurs
scores en 1933. Cette dernière insurrection
est parfois appelée la « Commune espagnole
» ou la « Révolution d'octobre
» puisqu'elle culmina en octobre 1934 quand
les mineurs ont pu contrôler un territoire de
quelque 1000 km carrés autour d'Oviedo
et au sud de cette ville. L'insurrection est matée
dans le sang par les troupes d'Afrique commandées
par Franco. L'entente
entre gauche et droite semble de moins en moins possible
: ces évènements polarisent les positions
et la division en deux du pays.
La radicalisation (1934-1936) Le parti socialiste et son syndicat, l'UGT, jusqu'alors
modérés, changent de tactique et redeviennent
révolutionnaires. S'ils se présentent
encore aux élections, ils travaillent davantage
dans les luttes sociales, avec les anarchistes notamment.
Le contexte historique est important pour comprendre
cette attitude : en 1933, Hitler venait de prendre
le pouvoir légalement, or le chef de la CEDA,
José Maria Gil Robles, avait multiplié
les gestes pouvant donner à croire qu'il souhaitait
établir une dictature fasciste. Socialistes
et anarchistes multiplient les appels à la
grève générale. En octobre 1934,
les ouvriers des mines des Asturies
se révoltent. En Catalogne,
où le mouvement séparatiste est très
fort, le président de la Generalitat catalana
déclare que la Catalogne
appartient à la République Fédérale
Ibérique. La répression ordonnée
par le gouvernement est terrible (1 000 morts, 20
000 arrestations). Désormais, un fossé
de sang sépare le mouvement ouvrier du pouvoir
en place.
Le centre droit au pouvoir, qui s'attache pourtant
à revenir sur les réformes adoptées
par la gauche entre 1931 et 1933, ne rassure pas pleinement
ses partisans. Les événements des Asturies
ont accru l'angoisse de voir en Espagne une révolution
s'apparentant à la révolution russe
de 1917. La tentation de recours à un coup
de force s'étend, entretenue par l'activisme
des mouvements d'extrême-droite anciens (Carlistes)
ou nouveaux (la Phalange). Les deux Espagnes sont
désormais hantées par deux grandes peurs
: celle de la révolution bolchevique et celle
du fascisme. La courte victoire d'un Front populaire
groupant l'ensemble de la gauche aux élections
législatives de février 1936 est à
replacer dans ce contexte.
En janvier 1936, quand José María Gil-Robles,
demande au Président de la République
de l'appeler pour former un nouveau gouvernement,
le président Niceto Alcalá Zamora préfère
dissoudre les Cortes.