Biographie de Francisco Franco
Jeunesse et formation
Franco naît au Ferrol,
un port de Galice.
Véritable ghetto militaire, Le Ferrol
est un milieu fortement marqué par la tradition
militaire et le dévouement à l'État,
où la famille Franco vit depuis sept
générations. Son père, Nicolás
Franco Salgado-Araújo, est intendant général
de la Marine. Coureur de jupons, il n'est pas à
l'aise dans le milieu très conservateur de
Ferrol. Sa mère, Pilar
Bahamonde y Pardo de Andrade, est une femme très
pieuse, très attachée à ses enfants.
Francisco est baptisé dans la paroisse
San Francisco du quartier des officiers le 17 décembre
1892.
Surnommé Paquito par ses camarades
à cause de sa petite taille, il est d'abord
envoyé dans une école privée,
puis passe deux ans au collège du Sacré-Cur,
avant d'entrer à l'École de préparation
navale. Élève moyen, il se destine naturellement
à la Marine, comme sa tradition familiale l'y
incite et comme tous les enfants de Ferrol.
La fermeture de l'École navale de Ferrol
en 1907 le contraint à chercher une autre voie.
Le 29 août 1907, il entre alors à l'Académie
d'infanterie de Tolède.
La même année, son père est promu
à Madrid, lassé
du milieu militaire fermé de Ferrol.
Ses relations avec sa femme s'étant dégradées,
il insiste pour que sa famille ne le suive pas. On
apprend peu après qu'il a une maîtresse
en ville : la séparation est alors définitive.
L'Académie de Tolède
est de niveau médiocre : son concours d'entrée
consiste en un examen de la maîtrise des quatre
opérations arithmétiques et une vérification
rapide de la constitution physique. Ses cours sont
également assez sommaires. En 1910, Franco
en sort 251e sur 312. Ces maigres performances doivent
cependant être relativisée au regard
de son jeune âge : il n'a que 18 ans alors que
ses camarades sont plutôt âgés
de 20 ou 21 ans. Le 13 juillet, il est promu segundo
teniente, c'est-à-dire sous-lieutenant.
Carrière militaire
Une fois sa formation achevée, Franco
est affecté à la garnison de Ferrol.
Il y mène une vie de garnison, terne et monotone.
Dès février 1912, il doit partir pour
le Maroc, dans le 8e Régiment d'Afrique.
Au Maroc
Le 19 mars 1912, Francisco Franco essuie le
premier feu ennemi. Déterminé à
sortir de l'anonymat, il demande en 1913 à
être affecté au régiment des réguliers
indigènes, réputé pour sa bravoure
mais aussi pour sa loyauté incertaine. Il participe
à de nombreuses opérations et le 12
octobre, obtient la croix du mérite militaire,
première classe. Dès le mois de mars
1915, il est promu capitaine. Peu à peu sa
légende prend forme : les Maures le pensent
invulnérable.
Cette réputation prend fin en mars 1915 :
Francisco Franco est très grièvement
blessé au ventre, au cours d'une attaque contre
le fort d'El-Biutz. Il est alors promu commandant,
malgré l'avis défavorable du Haut Conseil
militaire. Alphonse XIII a en effet intercédé
en sa faveur, à sa demande. Il reçoit
le commandement d'un bataillon d'infanterie cantonné
à Oviedo, aux Asturies.
Franco y découvre pour la première
fois le prolétariat, les ouvriers-mineurs,
dont les conditions de vie sont misérables.
Cette expérience marquera beaucoup ses opinions
sociales. Au cours de l'été 1917, le
général Burguete, gouverneur militaire
de la province, décrète l'état
de guerre en réponse à de violentes
grèves dans les mines. Franco assiste
alors à la répression.
À la Légion
En 1919, Franco rencontre le lieutenant-colonel
José Millan-Astray, dont l'ambition est de
créer une unité militaire d'élite
selon le modèle français de la Légion
étrangère. En 1920, son projet est accepté.
Millan-Astray offre à Franco le commandement
de la 1ra bandera (bataillon), lequel part
cantonner à Ceuta en
octobre. Franco impose à ses légionnaires
un entraînement très strict. Parallèlement,
il se montre impitoyable face aux révoltes
indigènes. Après le désastre
d'Anual en 1921, il autorise ses hommes à appliquer
la loi du talion : les légionnaires mutilent,
pillent, violent et tuent à leur tour. Suite
à ce désastre, il est appelé
à Melilla pour reconquérir
le terrain face à Abd el-Krim.
En janvier 1922 Franco est de nouveau affecté
à Oviedo. Il reçoit
la médaille militaire et est nommé lieutenant-colonel.
Il profite de sa gloire nouvelle pour demander en
mariage Carmen Polo Martínez Valdés,
jeune fille de la bonne bourgeoisie, rencontrée
lors de sa première affectation en 1917. Le
mariage est reporté suite au décès
du commandant de la Légion : Franco
le remplace, sur recommandation du roi. Il se marie
finalement le 22 octobre 1923.
C'est à partir de cette année 1923
que l'on commence d'ailleurs à employer le
terme de caudillo (chef de guerre lors du Moyen
Âge espagnol) pour désigner Franco.
Le 13 septembre 1923, Miguel Primo de Rivera a instauré
un régime dictatorial par un coup d'État.
Face aux difficultés rencontrées au
Maroc, il songe à un retrait. Pendant les mois
de novembre et décembre 1924, Franco
doit effectivement superviser l'évacuation
de Xanten. Sa bonne conduite le fait nommer colonel.
Peu après, Abd el-Krim s'attaque à des
populations françaises. En réponse,
la France s'allie à l'Espagne. Primo de Rivera
approuve un plan de débarquement à Alhucemas.
C'est un succès : Franco est élevé
au rang de général de brigade en février
1926, ce qui fait de lui le plus jeune général
d'Europe il n'a alors que 33 ans. Quelques
mois plus tard naît la fille de Franco,
María del Carmen, surnommée Nenuca.
Les honneurs se succèdent pour lui ; en 1927,
il est même chargé d'accompagner le roi
dans son voyage officiel en Afrique.

L'Espagne
de Franco pendant la seconde guerre mondiale
L'Académie militaire de Saragosse
Le 4 janvier 1928, Primo de Rivera recrée
l'Académie générale de Saragosse.
Cette fois, il en fait un passage obligé pour
tous les futurs officiers et nomme Franco à
sa tête. Ce dernier surveille étroitement
d'abord les travaux de construction des bâtiments
puis, s'inspirant de son expérience tolédane,
rédige lui-même le règlement intérieur
de l'Académie. Il impose ainsi des chambrées
de trois cadets « pour éviter les mariages.
»
Suivant leur appréciation du personnage lui-même,
les historiens jugent de manière variable le
travail de Franco à l'Académie.
Il est certain que la nouvelle école militaire
est meilleure que l'ancienne, ne serait-ce qu'en raison
de l'élévation du niveau de recrutement
(baccalauréat élémentaire). Franco
impose l'anonymat des copies au concours d'entrée,
diminue le nombre d'élèves par professeur,
installe de nombreuses douches, interdit le et fait
même distribuer des préservatifs aux
étudiants. Il sait se faire respecter, voire
apprécier : 90 % des 720 officiers formés
par l'Académie rejoignent ensuite le camp franquiste
pendant la guerre civile
espagnole.
En juillet 1931, la Seconde République supprime
par décret l'école. Comme l'ensemble
du corps enseignant, Franco est placé
en disponibilité forcée et surveillé.
Pour Franco, qui s'était totalement
impliqué dans la création de l'Académie,
c'est là un mauvais coup qu'il prend très
mal. Le 14 juillet il exprime son mécontentement
publiquement, en prenant congé de la dernière
promotion de cadets :
« La discipline ne confère aucun mérite
lorsqu'un ordre nous est agréable. La discipline
revêt sa vraie valeur lorsque nos pensées
nous conseillent le contraire de ce qu'il nous est
ordonné, lorsque notre cur cherche à
susciter une rébellion intérieure, ou
lorsqu'un ordre est arbitraire ou erroné. Telle
est la discipline que nous observons. »
Franco essayera dès le lendemain de
se disculper auprès de Manuel Azaña,
chef du gouvernement, qui voudra bien se contenter
de ces explications et éviter l'affrontement
public. Il lui adressera seulement un avertissement
discret par une lettre lui exprimant son « déplaisir
». Malgré la modération du propos,
il est clair qu'il ne sous-estime pas la personnalité
du général. Il note dans son journal
qu'il est « le plus dangereux des généraux
», mais il ne veut pas élargir le fossé
qu'il vient de creuser entre les militaires et lui.
Malgré tout, Franco ne participera pas
à la Sanjurjada, tentative de coup d'État
du général Sanjurjo en août 1932.
Ayant suffisamment satisfait aux enquêtes de
la république, il est affecté à
La Corogne comme commandant
de la XVe Brigade d'infanterie, en février
1932. Franco gardera à Manuel Azaña,
une rancune tenace de cette période de quarantaine.
Franco face à la «sanjurjada»
Le soulèvement de la garnison de Séville
le 10 août 1932, dirigé par le général
Sanjurjo, bute contre la grève générale
déclenchée par la CNT et le Parti communiste
de Séville.
Il est arrêté à Madrid
et condamné à mort puis gracié,
voyant sa peine commuée en détention
à vie ; les autres conjurés comme le
général Goded et le colonel Varela sont
aussi emprisonnés. Le gouvernement républicain
ne veut pas faire de martyrs.
Franco, dont on imagine mal qu'il ne soit
pas tenu informé de ce que les Espagnols nomment
la « sanjurjada », a eu pendant toute
la préparation du complot de fréquents
contacts avec Sanjurjo. Il entretenait avec ce militaire
des liens d'amitié noués en Afrique,
mais semble dès le départ avoir pris
ses distances. Il racontera plus tard que le hasard
lui avait fourni un alibi de poids : il avait pensé
s'éloigner de la Corogne
le jour du coup d'état pour une promenade de
plaisir dans la région, mais l'officier qui
était censé le remplacer étant
tombé malade, il dut y renoncer. Azaña
qui avait appelé la région militaire
au téléphone pour vérifier sa
présence, avait eu le soulagement de le trouver
à son poste. De toute façon, à
aucun moment il n'a adhéré ni n'a approuvé
de sympathie pour ce putsch. Lorsque Sanjurjo lui
demande d'assurer sa défense, après
son arrestation, il a ce mot très dur :
«Je ne vous défendrai pas. Vous méritez
la peine de mort, non pas parce que vous vous êtes
soulevé, mais parce que vous avez échoué.
»
Il n'est pas homme à se lancer dans des aventures
incertaines, ni à les approuver mais n'en continue
pas moins à lui rendre régulièrement
visite à la prison où il est interné
: il n'est pas homme non plus à faillir à
la loyauté qu'il croit devoir à sa caste.
La guerre civile (voir la page dédiée
guerre civile espagnole,
ici)
Dans le climat révolutionnaire qui règne
en Espagne, Franco est observé de tous
les côtés. Il paraît l'un des militaires
les plus susceptibles de prendre la tête d'un
soulèvement armé. Pour cette raison,
il est nommé gouverneur militaire aux îles
Canaries loin de la péninsule. En fait,
Franco est alors peu convaincu par l'opportunité
d'un coup d'État. C'est sous la la IIe République
qu'il a atteint l'apogée de sa carrière.
Bien que monarchiste d'éducation, il se satisfait
d'une république bourgeoise, conservatrice
et maintenant l'ordre. Il est peu enclin à
risquer sa carrière dans une aventure mal préparée.
De fait, c'est Emilio Mola et non Franco qui
est l'inspirateur et l'organisateur de la tentative
de coup d'État de 1936 contre le gouvernement
en place, alors mené par le Frente Popular
: c'est Emilio Mola. Certes, il est au courant depuis
le début des activités des conjurés
mais il attend le 13 juillet, date de l'assassinat
du chef monarchiste, José Calvo Sotelo, pour
les rejoindre.
Franco se voit attribuer l'armée du
Maroc, forte de 30 000 hommes aguerris, véritable
fer de lance du complot. La mort accidentelle de Sanjurjo,
chef historique de l'opposition monarchiste et les
échecs des généraux Goded et
Fanjul à Barcelone
et Madrid propulsent
Franco sur le devant de la scène.
Le pronunciamento (soulèvement militaire)
échoue par manque d'adhésion de l'armée
: sur 21 généraux de division, seuls
4 se rallient au soulèvement. C'est à
ce moment que les milices ouvrières, qui ne
croient pas en les capacités du gouvernement
à faire face, entrent en scène. Elles
font régner la terreur à Madrid
et Barcelone, provoquant
ainsi l'exil de nombreux intellectuels, comme José
Ortega y Gasset. Le conflit se transforme alors en
une guerre civile.
Franco se décide alors à acheter
12 avions italiens, payés par son ami le banquier
Joan March, ainsi que des Junkers allemands, afin
d'établir un pont aérien reliant le
Maroc à Séville.
Au mois d'août, il lance un convoi naval à
partir de Ceuta, forçant
ainsi le blocus établi par la République.
Encore une fois, il est servi par la division de ses
adversaires : désorganisée par les mutineries
socialistes et anarchistes au sein des équipages,
la flotte gouvernementale ne peut arrêter le
convoi de Franco. Il réussit ainsi à
transporter 23 400 hommes.
Jusqu'alors, Franco reste neutre sur la nature
du régime qu'il entend donner à l'Espagne.
Sa déclaration du 21 juillet 1936 s'achève
même par « vive l'Espagne et vive la République
» : le Mouvement est dirigé contre le
Front populaire et non la République à
proprement parler. Lors de la création de la
« Junte de défense nationale »,
le 23 juillet, on ne relève également
aucune indication sur le régime souhaité,
ni aucune connotation religieuse.
Très vite, les atrocités surviennent.
Le 1er août, Franco confie à Juan
Yagüe trois colonnes, chargées d'effectuer
la jonction avec l'armée du Nord, en passant
par l'Estrémadure.
Yagüe est un ancien camarade de l'Académie
de Tolède. Le 14 août,
il s'empare de Badajoz,
où il fait fusiller 2 000 prisonniers de guerre.
Alors que la presse internationale se scandalise,
Franco félicite Yagüe, lequel menace
Madrid en septembre.
Parallèlement, le cabinet Giral chute, remplacé
par celui de Largo Caballero.
Alors que la guerre
civile paraît devoir prendre fin rapidement,
Franco décide, à l'étonnement
général, de suspendre la marche sur
Madrid. Il détourne
l'armée d'Afrique pour porter secours aux défenseurs
face au siège de l'Alcazar. De ce fait, il
sacrifie un objectif militaire au profit d'un geste
politique. La légende des cadets de l'Alcazar
constituera l'un des éléments de la
mythologie franquiste. On a pu également suggérer
qu'il était de l'intérêt de Franco
de faire durer la guerre, afin de mieux « nettoyer
» le terrain. Il est ainsi avéré
que Franco a refusé toute médiation
durant la guerre, même celles émanant
du Saint-Siège.
Le 21 septembre, la Junte de défense se réunit
et Franco est nommé général
en chef. Le 28, la fonction de chef de l'État
lui est adjointe par décret. Le 1er octobre,
à Burgos, il est investi
des pleins pouvoirs. L'évêque de Salamanque
compare le Mouvement à une croisade, introduisant
ainsi un motif religieux jusque là absent.
Durant ce mois, les grandes puissances européennes,
malgré les accords de non-intervention, s'engagent
dans la guerre civile.
L'URSS par ses chars (peu nombreux) et les Brigades
internationales (2 000 hommes au début) appuient
le Front populaire et ses défenseurs
CNT et FAI (anarchiste), POUM (marxiste), PC (staliniste),
UGT (socialiste). En face, l'Allemagne nazie et l'Italie
fasciste se rangent dans le camp de l'insurrection
militaire en envoyant d'importants contingents d'hommes
et de matériels. Le 26 avril 1937, jour de
marché, une centaine d'avions de la légion
Condor (Luftwaffe) procède au bombardement
de la ville basque de Guernica,
sans motif militaire autre que celui de terroriser
une population acquise au gouvernement républicain.
C'est la première fois qu'une ville européenne
est soumise à un tel traitement. Sur les 7000
habitants, 1645 sont tués et 889 blessés,
selon les chiffres du Gouvernement basque.
Le 3 juin, Mola était mort dans un accident,
laissant ainsi Franco sans rival. À
la tête de l'armée, avec le titre de
généralissime, il prend peu à
peu le contrôle de l'Espagne. Un manque chronique
d'effectifs le pousse à enrôler de force
dans les régions qu'il contrôle. On compte
également de nombreux engagements volontaires,
60 000 par exemple pour les Canaries.
Il recrute également des alfereces (sous-lieutenants)
provisoires : il s'agit d'étudiants ou de jeunes
cadres bénéficiant d'une formation militaire
accélérée. 30 000 sont ainsi
recrutés pendant la Guerre
civile. Sur ce chiffre, un tiers demeurera dans
l'armée, le reste constituant les futurs cadres
du régime franquiste.
La guerre civile
se termine en le 1er avril 1939, après la bataille
de l'Ebre (de juillet à
octobre 1938), qui sonne le glas des espoirs républicains
et la conquête de la Catalogne.
Franco se retrouve seul maître de l'Espagne
et il devient officiellement "Chef de l'état".
Il impose alors une dictature empirique sur les principes
du national-catholicisme. Les démocraties ne
tardent guère d'ailleurs à reconnaître
le nouveau régime et la France envoie le Maréchal
Pétain comme premier ambassadeur dès
le défilé de la victoire à Madrid.
A la fin de la guerre
civile, on dénombre plus de 150 000 soldats
morts durant les combats (autant de civils). Plus
de 440 000 républicains espagnols se sont réfugiés
en France (comptabilisés au 9 mars 1939) puis
encore des dizaines de milliers d'autres les rejoignent
contraints à l'exil pour échapper à
la terrible répression qui s'abat alors sur
l'Espagne (plus de 30 000 exécutions sommaires).
Des estimations récentes donnent le chiffre
de plus de 200 000 personnes fusillées ou mortes
suites aux mauvais traitements dans les prisons franquistes
et dans le camp de concentration de Miranda après
1939.
Conscient de son inexpérience en matière
politique, Franco s'appuya sur son beau-frère,
Ramón Serrano Súñer, la Phalange
et l'Église catholique, ralliée à
son camp après les massacres anticléricaux
de 1936, sans oublier les monarchistes (carlistes,
conservateurs et autres).
La dictature de Franco
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Espagne reste
officiellement neutre mais soutient l'Allemagne au
début de la guerre : en juin 1941, Franco
envoie une division sur le front de l'Est contre l'Union
Soviétique (cette unité appelée
la "Division Azul", ou Division Bleue, qui
combat sur le front de Léningrad) ; en août
de la même année, il autorise le régime
nazi à recruter 100 000 ouvriers espagnols
« volontaires » pour aller travailler
en Allemagne ; les navires de guerre allemands peuvent
se ravitailler et être réparés
dans les ports espagnols ; les services secrets espagnols
et allemands collaborent pour recueillir des renseignements
sur les Alliés ; l'Espagne fournit le tungstène
indispensable à l'industrie d'armement allemande.
Mais l'Espagne ne s'engagea finalement pas militairement
aux côtés de l'Allemagne en octobre 1940
comme le souhaitait Ramón Serrano Súñer,
ministre des affaires étrangères jusqu'en
1942 et beau-frère de Franco. Cette
non intervention est due, comme le souligne Joseph
Pérez, aux exigences trop élevées
et irréalistes de Franco, comme la prise
de possession des colonies françaises du bassin
méditerranéen. Ces exigences irréalistes
étaient elles-voulues ? Pour Joseph Pérez,
elles ne résultent pas d'un quelconque calcul
: la volonté de Franco de s'impliquer
est réelle. Pour Bartolomé Bennassar,
Franco gagnait du temps et laissait se faire
les luttes d'influence au sein de son gouvernement.
Il n'avait pas non plus les moyens d'engager l'armée
au côté de l'Allemagne alors que le pays
était en pleine répression.
A son retour d'Hendaye où il a rencontré
Franco, Hitler exprime son mépris pour
le personnage (qui l'a d'ailleurs fait attendre en
gare). De plus, Hitler ne voulait pas mécontenter
le maréchal Pétain, dirigeant d'un pays
aux richesses abondantes, pour obtenir le maigre appui
d'une Espagne exsangue. De nombreux Juifs passeront
la frontière pyrénéenne pour
se réfugier en Espagne, avant, pour certains,
de gagner d'autres pays. Mais surtout Franco
fait délivrer par ses consulats, notamment
en France, en Hongrie et en Grèce, des passeports
espagnols aux Juifs descendants de ceux qui ont fui
l'Espagne après 1942. Ainsi Franco a
évité la déportation de 70 000
Juifs, en s'interposant auprès de Hitler.
Devant les pressions américaines (les États-Unis
fournissent le pétrole à l'Espagne),
les problèmes économiques soulevés
par l'autarcie sur laquelle essaie de s'appuyer le
régime et la résistance victorieuse
de la Grande-Bretagne, Franco reste en retrait
et abandonne peu à peu son soutien aux forces
de l'Axe à partir de l'été 1943.
Son meilleur allié est à l'époque
Antonio de Oliveira Salazar, bien que les relations
personnelles entre les deux hommes soient tendues
mais le dictateur Salazar est soutenu par les Britanniques.
À la fin de la guerre, le régime est très
fragile : la situation économique laissée
par la Guerre est désastreuse. L'autorité
de
Franco est condamnée quasi unanimement
par la communauté internationale. Cependant,
dès 1945, les britanniques épargnent et
soutiennent indirectement le régime franquiste
contre les français qui soutiennent l'isolement
de l'Espagne (isolement approuvé lors de la conférence
de Potsdam). À partir du discours sur le rideau
de fer, l'Espagne va apparaître vite comme un
rempart contre le communisme aux yeux des anglo-saxons
et les rapports se détendent. Le régime
reprend contact avec les Britanniques et les Américains
via son ambassade au Portugal et postule à l'OTAN
au début des années 50.
Franco
autorise les États-Unis à implanter 4
bases sur le territoire espagnol en septembre 1953 (traité
hispano-américain).
Le régime gagne peu à peu sa légitimité.
L'Espagne entre à l'ONU en 1955 puis le président
américain Dwight Eisenhower, un des grands
vainqueurs de la Seconde guerre mondiale, vient en
Espagne en 1959 et défile triomphalement à
Madrid au côté
de Franco. Le régime est sauvé.

Armoiries de l'Espagne franquiste
|
La loi sur les principes fondamentaux du Movimiento
Nacional est votée le 17 mai 1958 alors
que le régime évolue et quitte définitivement
ses oripeaux fascistes sous l'influence de l'Opus
Dei.
Le régime se libéralise peu à
peu dans les années 1960 sur le plan économique,
beaucoup moins sur le plan politique où le
Caudillo règne sans partage.
Les infrastructures (chemins de fer et réseaux
routiers) sont modernisées et un gigantesque
système hydraulique (barrages et irrigation)
est construit pour contrer les effets de la sécheresse.
L'agriculture espagnole atteint alors un développement
colossal qui fait trembler (notamment en France) à
l'idée que ce pays puisse entrer dans le Marché
commun. Le taux de croissance atteint alors 8% par
an.
La fin du régime franquiste
En 1969, c'est devant les Cortés espagnols
que Franco désigne Juan
Carlos pour lui succéder à sa mort,
en tant que Roi d'Espagne.
Au début des années 1970, malade, Franco
se résout à nommer un premier ministre
pour diriger son gouvernement. Il choisit son bras
droit, l'amiral Luis Carrero Blanco. Celui-ci est
tué dans un attentat des Basques de l'ETA le
20 décembre 1973 à Madrid.
De plus en plus affecté par la maladie de
Parkinson qui le ronge depuis 1969, Franco
est victime d'un refroidissement en 1975, puis d'une
hémorragie interne qui entraîne son transfert
à l'hôpital de la Paz. Après une
opération le 14 octobre, il est dans le coma.
Il sera maintenu en vie artificiellement afin, selon
certains auteurs, que le prince Juan
Carlos accepte le 30 octobre d'assumer les fonctions
de chef de l'État. Malgré sa maladie,
il signe les dernières sentences à la
peine de mort de 8 activistes de l'ETA et le FRAP
et autorise le retrait du Sahara espagnol qui sera
ensuite annexé par le Maroc. La fille du dictateur
agonisant persuade les médecins de le laisser
mourir. Il s'éteint le 20 novembre 1975 à
5h20 du matin. Le bulletin officiel annonçant
le décès énumère ainsi
les causes de la mort :
« Maladie de Parkinson, cardiopathie, ulcère
digestif aigu et récurrent avec hémorragies
abondantes et répétées, péritonite
bactérienne, insuffisance rénale aiguë,
thrombophlébite, broncho-pneumonie, choc endotoxique
et arrêt cardiaque. »
Franco fut inhumé à la basilique
Sainte-Croix del Valle de los Caìdos Comme
il était prévu depuis longtemps, la
monarchie fut rétablie après sa mort
en la personne de Juan Carlos
Ier, petit-fils du dernier roi
d'Espagne (Alphonse XIII).
Postérité franquiste
L'héritage principal de Franco est
le retour de la Monarchie en Espagne mais aussi indirectement
le terrorisme de l'ETA et la situation du Sahara Occidental.
Trois autres principes imposés par le Caudillo
à son successeur ont été respectés
pendant le processus de transition :
- seuls les Cortès franquistes et le
Mouvement National (parti unique) peuvent décider
de leur propre dissolution, qui fut achevée
le 1er avril 1977
- aucune chasse aux sorcières contre des militaires
ou des membres de l'administration ne serait effectuée
en cas de démocratisation du régime.
- l'unité de l'Espagne ("Una, Grande et
libre") doit être maintenue, ce qui signifie
pas d'indépendance pour la Catalogne,
ni pour le Pays
Basque. (néanmoins, l'établissement
des Communautés
autonomes (Autonomias) sera inscrit dans
la nouvelle Constitution
de 1978).
Sur le plan culturel, le vent de liberté que
l'Espagne a connu après la fin du franquisme
aboutit logiquement une libération. Elle est
accompagnée d'une ébullition créatrice
avec l'apparition d'une nouvelle génération
de créateurs et d'artistes. Ce renouveau est
nommé "la Movida".
Projet de recommandation de condamnation du régime
par le Conseil de l'Europe (2006)
Le 4 novembre 2005, un projet de Recommandation
émanant de la Commission des questions politiques
de l'assemblée parlementaire du Conseil de
l'Europe déclare la Nécessité
de condamner le franquisme au niveau international.
Ce projet, qui devrait être débattu
en mars en commission permanente de l'assemblée,
soutient que "la violation des droits de lhomme
nest pas une affaire interne qui ne concerne
que l'Espagne seule, raison pour laquelle le
Conseil de lEurope est prêt à engager
un débat sérieux sur ce sujet au niveau
international".
En outre, le projet de rapport recommande au Conseil
des Ministres de déclarer le 18 juillet 2006
comme journée officielle pour condamner le
régime franquiste.
Toponymie
Franco est mort depuis 30 ans mais son
régime a laissé de nombreuses traces
dans le paysage urbain espagnol.
Si beaucoup de rues au nom du Caudillo ou
du Generalisimo ont été débaptisées
au début des années 1980, de nombreuses
artères, notamment dans les villes moyennes,
continuent de célébrer Franco
ou ses alliés (par exemple José Antonio
Primo de Rivera, le général Mola, le
Général Sanjurjo).
Ainsi León, Chinchon,
Santander, Santa
Cruz de Tenerife ou Puerto de la Cruz (Tenerife)
ont gardé leur toponymie franquiste.
Des monuments continuent également de célébrer
Franco, ses alliés et ses victoires
(Arco de la Victoria à Madrid,
statue à Santander,
divers monuments aux morts, l'Alcazar de Tolède).
En juillet 2002, le monument équestre représentant
Franco, située durant 35 années
sur la place centrale de sa ville natale de Ferrol
(El Ferrol del Caudillo) , fut déboulonné
pour être transféré à l'arsenal
militaire.
En 2004, le nouveau gouvernement socialiste espagnol
a proposé une loi de réparation envers
les victimes de la guerre et de la dictature. Il a
demandé également que la toponymie et
tous les symboles franquistes subsistant soient retirés
de la voie publique. Les opposants à cette
dernière proposition dont Felipe González
parlent de combat d'arrière-garde et rappellent
que ces monuments font partie de l'héritage
espagnol, pour le meilleur et pour le pire.
Dans la nuit du 16 au 17 mars 2005, à 1h00
(GMT) sur décision du conseil des ministres,
la statue équestre de Franco au centre
de Madrid a été
déboulonnée et transférée
dans un hangar à l'abri des regards.
Le 8 novembre 2005, sa statue (inaugurée en
1977 pour commémorer son action en tant que
colonel de la légion après le désastre
de Annual en 1921), située dans la ville de
Mellila fut déplacée
de 50 mètres pour permettre la réalisation
de travaux publics. Le gouvernement (conservateur)
de la cité autonome de Melilla
a refusé qu'elle quitte la voie publique et
soit transférée au musée militaire
comme le réclamait l'opposition locale.
Monnaie et timbres
Le portrait de Franco a figuré sur
de nombreuses pièces de monnaie et timbres-poste
espagnols. Toutes les pièces à son effigie
ont été retirées de la circulation
le 1er avril 1997.
Les Espagnols et Franco 30 ans après
sa mort
Au moment du 30ème anniversaire de la mort
de Franco, une enquête de lInstitut
Opina (du 17 novembre 2005) est publiée pour
connaître lopinion de la société
espagnole sur la figure historique de Franco,
lhéritage de son régime et le
risque de répeter cette période. À
la question sur le jugement qu'ils portent sur la
dictature de Franco, 63,7% la jugent négative,
23% sont sans opinion et 13,3% la jugent positive.
Selon un sondage de la radio Cadena Ser publié
le 18 novembre 2005, 55,5 % des espagnols déclarent
éprouver de l'"indifférence"
envers le dictateur, 29,8 % du "rejet" et
7,6 %, de la "nostalgie".
Une enquête du Centre d'Enquêtes sociologiques
relève que 65,9 % des espagnols considèrent
que les victimes de la guerre
civile ont reçu "une reconnaissance
différente selon le camp auquel ils appartenaient"
mais estime à 72,9 % qu'un "hommage doit
les inclure toutes".
Enfin, toujours sur le sujet, selon un autre sondage
publié le 19 novembre 2005 par le quotidien
conservateur El Mundo, 41,3 % des espagnols
jugent que la politique du gouvernement socialiste
de M. Zapatero "rouvre des blessures du passé"
plutôt qu'elle ne "favorise la réconciliation"
(25,5 %).
Sa famille
- María Carmen Polo Martinez-Valdés
(1902-1988) : son épouse. Après avoir
rencontré Franco en 1917, elle l'épouse
en 1923 et en 1926, donne naissance à leur
seul enfant, María. Elle est décédée
à Madrid en
1988.
- María del Carmen Ramona Felipa de la Cruz
Franco Polo : sa fille. Elle a épousé
Cristóbal Martínez-Bordiú, marquis
de Villaverde le 10 avril 1950. Elle vit aujourd'hui
surtout à Miami (Floride). Sa fille a épousé
Alphonse duc d'Anjou et leur fils cadet est aujourd'hui
le prétendant légitimiste à la
couronne de France, Louis XX. elle dirige La Fondation
Franco, fondée en 1977. Ses objectifs
ont pour but de veiller sur la mémoire du dictateur.
- Nicolás Franco (1891-1977) : le frère
aîné. Ingénieur naval, fonctionnaire
du ministère de la Marine, il est devenu le
principal conseiller du Caudillo au début
de la guerre civile.
Il termine sa carrière comme Ambassadeur à
Lisbonne puis comme homme d'affaires.
- Pilar Franco (1894-1989) : la sur.
Membre des phalanges espagnoles, elle ne joua cependant
aucun rôle politique. Ses deux livres de souvenirs
personnels publiés en pleine transition démocratique
ont été des best-sellers.
- Ramón Franco (1896-1938) : le frère
cadet. Aviateur célèbre et populaire,
de conviction républicaine qui le conduise
en prison sous la dictature de Miguel Primo de Rivera,
il n'en rallie pas moins son frère aîné
après juillet 1936. Il meurt le 28 octobre
1938 dans un accident d'avion.
- Ramón Serrano Súñer (1901-2004)
: le beau- frère. Il a épousé
Zita, la sur de Carmen Polo. Impliqué
dans le pronunciamiento de 1936, il est emprisonné
par les républicains. Évadé en
février 1937, il supplante Nicolás Franco
comme conseiller et ministre du Caudillo. Proche
du fascisme italien, il est éloigné
à partir de 1942.
(Source : Wikipedia,
licence GFDL).