La corrida est une forme de course de taureaux,
consistant en un combat à lissue duquel
le taureau est mis à mort. La corrida
est pratiquée essentiellement en Espagne, dans
le Midi de la France, dans certains Etats dAmérique
latine (Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela,
Équateur et Bolivie) et dans quelques communes
du Portugal.
Les « jeux taurins », éventuellement
la mise à mort du taureau en public dans la
corrida, sont sans doute une survivance des
sacrifices d'animaux qui ont été si
importants dans les cultures primitives.
Dans le langage courant, corrida désigne
de nos jours la course de taureaux telle quelle
se pratique principalement en Espagne. Au cours dune
corrida, six taureaux (le plus généralement)
sont combattus et mis à mort par des matadors
aidés de peones et de picadors.
Au Portugal, la mise à mort en public est
en principe interdite. Elle nest effectuée
que dans quelques communes, notamment à Barrancos
; ailleurs, la mise à mort est effectuée
après le retour du taureau au toril.
La corrida est pratiquée sous une forme
« édulcorée », sans picadors,
sans banderilles et sans mise à mort, dans
certains Etats des États-Unis, notamment la
Californie et le Nouveau-Mexique.
Déroulement d'une corrida
Le sorteo
Le jour même de la corrida, à
midi, a lieu le sorteo, répartition
des taureaux entre les matadors par un tirage
au sort. Le sorteo est fait en présence
du président de la corrida et dun
représentant de chacun des trois matadors.
Préalablement au sorteo, les représentants
des matadors inspectent les taureaux, puis
ils forment les lots en essayant de répartir
les taureaux le plus équitablement possible
en fonction de leurs facilités ou difficultés
supposées. Les numéros des taureaux
sont inscrits par paires sur de petits papiers (traditionnellement
du papier à cigarettes) par le représentant
du plus ancien des matadors ; les papiers sont
ensuite roulés en boule par le représentant
du matador le plus jeune, puis mis dans le
chapeau du mayoral recouvert dun journal.
Chacun tire alors une boule par ordre dancienneté,
le représentant du matador le plus ancien en
premier.
Une fois déterminé le lot de chaque
matador, cest celui-ci qui décidera
de lordre de sortie des deux taureaux qui lui
ont été attribués.
Jusque vers la fin du XIXe siècle, il ny
avait pas de sorteo : lordre de sortie
était déterminé par léleveur
lui-même. Les éleveurs avaient pris lhabitude
de faire sortir en cinquième position celui
des taureaux dont ils pensaient quil serait
le meilleur, doù le dicton « No
hay quinto malo ». (« Il ny a pas
de mauvais cinquième ».) Luis Mazzantini
et Antonio Reverte imposeront ce tirage au sort :
ils accusaient les éleveurs de favoriser «
Guerrita ».
Lapartado
Une fois le tirage au sort effectué, a lieu
lapartado : les taureaux sont séparés
les uns des autres et placés un à un
dans les chiqueros, cellules obscures denviron
trois mètres sur deux, dans lesquelles ils
attendent lheure de la corrida afin de
pouvoir être lâchés dans larène
au moment voulu.
A las cinco de la tarde
« En Espagne, la seul chose qui commence à
lheure, cest la corrida ».
Le paseo
La corrida commence par un défilé
de tous les participants : le paseo (ou paseíllo).
À lheure prévue, le président
présente un mouchoir blanc ; aux accents dun
paso doble le cortège sébranle,
précédé par les alguaziles
(ou alguacilillos). Viennent au premier rang
les trois matadors, classés par ordre
dancienneté : à gauche (dans le
sens de la marche) le plus ancien, à droite
le deuxième dancienneté, au milieu
le moins ancien. Si un torero se présente pour
la première fois dans la « plaza »,
il avance tête nue, sinon il est coiffé
du chapeau traditionnel la « montera ».
Derrière suivent les peones, également
classés par ancienneté, puis les picadors,
eux aussi classés selon lancienneté.
Viennent ensuite les areneros ou monosabios, employés
des arènes qui ont pour fonction de remettre
en état la piste entre chaque taureau.
Vient enfin le train darrastre, attelage de
mules chargé de traîner la dépouille
du taureau hors de larène.
La lidia
Puis vient lheure du combat, en espagnol «
lidia ».
Une corrida formelle comprend en principe
la lidia de six taureaux. Pour chacun d'entre eux,
la lidia se déroule selon protocole immuable.
Ce protocole est décomposé en trois
parties, appelées tercios.
Premier tercio : le tercio de pique Sortie du taureau
Après la sortie du taureau, le matador et ses
peones effectuent des passes de capote, pièce
de toile généralement de couleur lie de
vin à lextérieur et jaune à
lintérieur, qui sert de leurre. Ces premières
passes de capote permettent au matador dévaluer
le comportement du taureau.
Pour aider leur matador à évaluer le
comportement du taureau, les peones appellent
celui-ci à tour de rôle et lattirer
vers les différents points de larène,
lincitant à aller au bout de sa charge.
Puis le matador effectue lui-même quelques passes
de capote afin de compléter son étude
du taureau.
Il existe une multitude de passes de capote. La plus
fréquente, la plus simple et généralement
considérée comme la plus belle, est
la véronique (espagnol : veronica) dans laquelle
le torero présente le capote tenu à
deux mains, face au taureau, en faisant un geste similaire
à celui que, selon limagerie traditionnelle,
fit sainte Véronique en essuyant le visage
du Christ en route pour le Calvaire. Il existe également
la demi-véronique (espagnol : media-veronica)
inventée par Juan Belmonte (qui prétendit
un jour lavoir créée « car
javais la flemme de faire lautre moitié
»), la chicuelina (inventée par «
Chicuelo »), la gaonera (inventée par
Rodolfo Gaona), la mariposa (« papillon »),
etc.
Entrée des picadors
Autrefois, le picador était le principal héros
de la corrida, le plus attendu des toreros
; les toreros à pied nétaient
que ses aides. Ce nest que dans la seconde moitié
du XVIIIe siècle quil a commencé
à perdre sa suprématie, pour devenir
au milieu du XIXe un subalterne du matador.
Le rôle du picador est de tester la bravoure
du taureau à l'aide de sa pique, lance en bois
de hêtre de 2,60 mètres de long terminée
par une pointe dacier : la puya.
En principe, il est appliqué deux piques minimum
(il ny a pas de maximum), mais en cas de taureau
faible, le président peut réduire ce
nombre à une seule. Lorsque par chance, le
taureau fait preuve dune bravoure exceptionnelle,
une pique supplémentaire est parfois donnée
avec le regatón : le picador prend sa pique
à lenvers, et « pique » avec
lextrémité du manche, le regatón,
et non avec la puya.
Deuxième tercio : le tercio de banderilles
Le deuxième tercio consiste à poser
les banderilles (espagnol : banderillas), bâtons
d'environ 80 cm de long, terminés par un harpon
et recouverts de papier de couleur.
Les banderilles sont généralement posées
par les peones , mais certains matadors les
posent eux-mêmes.
En principe, il est posé trois paires de banderilles.
Toutefois, le président de la course peut décider
den réduire le nombre ; le matador peut
demander au président lautorisation que
soit posée une quatrième.
Troisième tercio : le tercio de mise à
mort La faena de muleta
La faena de muleta est le travail à pied
du matador à l'aide d'un leurre en tissu rouge,
la muleta. La faena de muleta prépare
le taureau à la mort.
À lorigine, la faena de muleta
se limitait à quatre ou cinq passes ; aujourdhui,
le matador qui en ferait si peu déclencherait
une énorme bronca. Tout comme celles
de capote, les passes de muleta sont innombrables.
Les principales sont les suivantes :
- La « naturelle » (espagnol : natural).
La muleta est tenue dans la main gauche, le taureau
chargeant depuis la droite du matador.
- La « passe de poitrine » (espagnol :
pase de pecho ou tout simplement pecho). La muleta
est tenue dans la main gauche, le taureau chargeant
depuis la gauche du matador.
- Le « derechazo » (mot espagnol signifiant
« de la droite »). La muleta est tenue
dans la main droite et agrandie à laide
de lépée tenue elle aussi dans
la main droite, le taureau arrivant de la gauche du
matador. Cest donc, en quelque sorte, une «
naturelle à lenvers ».
- La « passe de poitrine de la droite ».
De même que le derechazo est une « naturelle
à lenvers », la passe de poitrine
de la droite est une « passe de poitrine à
lenvers ».
- Les « passes aidées ». La muleta
tenue dans la main gauche est soutenue et agrandie
à laide de lépée
tenue dans la main droite. Lexécution
se rapproche de celle de la naturelle ; on peut également
faire des passes de poitrine aidées.
- Plus encore dautres : la bandera («
drapeau »), le molinete (« moulinet »),
l« orticina » (inventée par
Pepe Ortiz), la « manoletina » (attribuée
à « Manolete »), etc.
Lestocade
Ce tercio se termine par lestocade à
laide de l'épée.
Le descabello
Parfois, après lestocade, le taureau
tarde à sécrouler. Le matador
doit alors descabellar : il plante une épée
spéciale (verdugo) entre la base du crâne
et le début de la colonne vertébrale,
au même endroit que celui où le puntillero
plantera sa puntilla.
La puntilla
Après lestocade (et éventuellement
après le descabello), le coup de grâce
est donné par lun des peones (appelé
puntillero) à laide dune puntilla,
poignard à lame courte et large, plantée
entre la base du crâne et le début de
la colonne vertébrale, afin de détruire
le cervelet et le début de la moelle épinière.
Extrait vidéo d'une corrida (âmes
sensibles s'abstenir)
Appréciation dune corrida par le
public
Parmi les éléments qui permettront
d'évaluer le spectacle on trouve traditionnellement
:
- Le courage de l'homme : le matador prend des risques
(même si les accidents mortels restent peu nombreux)
et doit affronter sans fléchir un animal dont
la force est considérable, même si le
combat et les picadors ont affaibli - dans une certaine
mesure - le taureau.
- La bravoure de l'animal : le taureau de combat appartient
à une espèce spécialement sélectionnée
pour son agressivité et pour sa bravoure ;
sa charge et sa volonté de combattre tout adversaire
sont appréciées.
- L'autorité de l'homme sur l'animal : les
aficionados apprécient la capacité du
matador à dicter sa volonté au taureau
en lui imposant ses charges et en lamenant à
suivre aveuglément le leurre.
- L'élégance : les passes de capote
et de muleta sont des mouvements très codifiés.
- L'efficacité : une mise à mort «
approximative » peut facilement dégrader
un spectacle par ailleurs bien mené. Il faut
toutefois préciser que, comme dans bien dautres
domaines, la manière compte plus que le résultat.
Une tentative destocade sincère, faite
en respectant les canons, mais ratée car la
pointe de lépée a buté
sur lomoplate, sera applaudie ; une épée
pénétrant jusquà la garde
à la suite dune estocade faite en violation
de tous les principes sera condamnée.
Les récompenses
Sils ont apprécié la prestation
du matador, les spectateurs réclament au président
que lui soient accordées une, voire deux oreilles,
et même deux oreilles et la queue. Pour ce faire,
ils doivent agiter un mouchoir blanc, mais lexpérience
montre que nombre de spectateurs (surtout en France)
se contentent de crier, siffler ou applaudir. Le président
accorde une oreille, deux oreilles, deux oreilles
et la queue en présentant un, deux ou trois
mouchoirs blancs. Les trophées sont coupés
sous la surveillance de lalguazil qui
les remettra au matador après que la dépouille
du taureau ait été tirée hors
de la piste. Il ne reste plus au matador quà
faire une vuelta al ruedo : il fait le tour
de la piste en longeant la barrière et salue
le public ; les spectateurs les plus enthousiastes
lui envoient des bouquets de fleurs, des cigares,
leur chapeau, leur foulard etc. Le matador garde les
fleurs et les cigares, et renvoie les chapeaux, foulards,
etc., à leur propriétaire.
Si aucune oreille na été accordée,
le public pourra toutefois, par ses applaudissements
nourris et répétés, demander
au matador de « saluer à la barrière
» (le matador entre en piste et salue le public
en restant à proximité de la barrière),
de saluer « au tiers » (le matador savance
à mi-chemin de la barrière et du centre
de la piste), de saluer « au centre »
(le matador salue en savançant jusquau
centre de la piste), voire de faire une « vuelta
al ruedo ».
Si la prestation du matador a été fort
peu appréciée, elle peut entraîner
une bronca : les spectateurs mécontents
crient, sifflent, et il peut même arriver que
certains jettent des bouteilles sur la piste. (Un
tel geste est largement condamné par les aficionados.)
Parfois la réaction est pire pour le matador
que la plus forte des broncas : le silence.
Si le taureau a été exceptionnellement
bon, le président pourra lui accorder à
lui aussi une vuelta al ruedo en présentant
un mouchoir bleu. Et sil a été
plus quexceptionnellement bon, le président
pourra, avant lestocade, ordonner sa grâce
en présentant un mouchoir orange.
Quand le matador a fini de saluer, il ne reste plus
au président quà sortir son mouchoir
blanc afin dordonner lentrée en
piste du taureau suivant.
En fin de corrida, les matadors quittent larène
lun après lautre, par ordre dancienneté.
Si lun dentre eux a été
particulièrement brillant, il sortira a hombros,
sur les épaules de ses admirateurs. Peut-être
récompense suprême sera-t-il
autorisé à sortir par la Grande Porte.
À Séville,
il devra pour cela avoir coupé trois trophées
(soit trois oreilles, ou deux oreilles et une queue)
au minimum ; à Madrid,
deux trophées suffiront (étant généralement
admis que si une seconde oreille madrilène
et une seconde oreille sévillane ont environ
la même valeur, la première oreille madrilène
en a bien plus que la première oreille sévillane)
; ailleurs, cest selon le sérieux de
lorganisation, le niveau dexigence et
de compétence du public, les coutumes locales,
etc.
Les protagonistes de la corrida
Le taureau
Le principal protagoniste de la corrida est
le taureau : La corrida de toros se déroule
dans une plaza de toros où le taureau est tué
par un matador de toros.
Lélevage du taureau
À lorigine de la corrida, on se
contente daller dans les élevages pour
semparer des taureaux dont on peut supposer
quils sont les plus combatifs du troupeau. À
partir du XVIIe siècle, la sélection
se fait plus rigoureuse : quelques éleveurs
commencent à sélectionner leurs taureaux
spécialement pour les besoins de la corrida.
Aujourdhui, les taureaux sont spécialement
sélectionnés en fonction de leurs qualités
supposées au combat et de leur masse corporelle
(parfois plus de 600 kg, mais le plus souvent entre
480 et 550 kg).
Les ganaderías assurent un élevage
dans des conditions d'isolement qui permettent de
garantir que le taureau qui entre dans l'arène
n'a jamais vu d'homme à pied (les éleveurs
circulent exclusivement à cheval ou en véhicule).
L'objectif est d'obtenir des taureaux « braves
» (ce qui se reconnaît au fait qu'ils
chargent à la plus petite provocation : soit
parce que le torero empiète sur son terrain,
soit à l'appel).
Afin dobtenir les qualités recherchées,
les vaches reproductrices sont sélectionnées
au cours dune épreuve appelée
tienta (ou tentadero) : La vache affronte
un picador muni dune pique dont la puya
est beaucoup plus petite que celle utilisée
en corrida. Si elle fait preuve dune
« bravoure » suffisante elle est alors
toréée à la muleta, soit
par un matador qui profite de loccasion pour
sentraîner. Souvent, le matador est suivi
de toreros débutants qui essaient de se faire
remarquer par les professionnels présents.
À la suite de la tienta, seules les
meilleures vaches seront gardées pour engendrer
les futurs combattants.
Les sementales (« étalons »)
sont eux aussi sélectionnés au cours
dune tienta de machos, mais seulement
au picador. Aucun capote, aucune muleta nest
utilisé.
Chaque semental voit mettre à sa disposition
une quinzaine ou une vingtaine de vaches. Les premiers
produits seront généralement envoyés
dans des novilladas sans picadors, afin de
permettre à léleveur dêtre
renseigné au plus tôt sur la validité
de ses choix. Si ces premiers produits sont bons,
léleveur est rassuré : le semental
et ses vaches pourront être gardés définitivement.
Sinon...
Dans les semaines qui suivent sa naissance, le veau
sera marqué au fer : sur la fesse, le fer de
lélevage ; sur le flanc un numéro
dordre ; sur lépaule, le dernier
chiffre de lannée de naissance. Sa naissance
et son marquage seront consignés sur un registre,
véritable registre détat civil,
à la disposition des autorités de lÉtat.
Jusquà son départ pour larène,
le taureau vivra en quasi liberté dans les
immenses prairies : si les latifundia du passé
ont disparu, les élevages de taureaux continuent
encore aujourdhui de sétendre sur
plusieurs centaines, parfois milliers, dhectares.
Chaque vache porte un nom ; traditionnellement, toutes
ses fils porteront le même nom, ses filles porteront
un nom en rapport. Ainsi, si une vache sappelle
« Andaluza », ses fils sappelleront
tous « Andaluz », ses filles sappelleront
« Andaluza », « Extremeña
», « Aragonesa », mais aussi «
Sevillana », « Granadina », «
Cordobesa », etc.
Les principales ganaderías
Les taureaux sont élevés dans des ganaderías
(« élevages »). Parmi les ganaderías
les plus connues on peut citer :
- Miura : Les taureaux de cette ganadería
sont généralement considérés
comme les plus dangereux, les plus fougueux et les
plus combatifs (ils sont aussi des animaux traditionnellement
très hauts sur pattes ce qui en fait des adversaires
difficiles à maîtriser). Cette ganadería
s'honore d'avoir donné le plus grand nombre
de taureaux graciés pour leur combativité.
Fondée en 1849 par Antonio Miura, elle appartient
encore aujourdhui à Eduardo et Antonio
Miura, descendants du fondateur. En 1879, le taureau
de race navarraise Murciélago (« chauve-souris
»), de la ganadería de Joaquín
del Val, a été gracié pour sa
combativité et ensuite offert à Antonio
Miura. De lui descendent nombre de taureaux de cet
élevage prestigieux. Mais le plus connu reste
Catalán élu meilleur taureau du XXe
siècle par l'ensemble des observateurs taurins.
Un autre nom reste dans les mémoires est celui
d'Islero, responsable de la mort de Manolete.
- Victorino Martín : Victorino Martín
est le plus prestigieux des éleveurs de la
fin du XXe siècle et du début du XXIe
siècle ; par sa sélection, et avec sans
doute un peu de chance, il a réussi à
récupérer la qualité d'un troupeau
destiné à l'abattoir : les anciens albaserrada,
de l'éleveur du même nom.
Pour lanecdote, rappelons que Ferruccio Lamborghini,
fondateur de la marque éponyme, était
un grand amateur de corrida. Linsigne
de la marque Lamborghini représente donc un
taureau de Miura ; un modèle de voiture Lamborghini
(la première voiture « de série
» à moteur central) a été
baptisé « Miura » ; en 2002 un
modèle a été baptisé «
Murciélago », du nom du taureau dont
il est parlé ci-dessus.
L'éleveur est représenté pendant
la course par son mayoral (régisseur ou intendant).
Quand le lot de taureaux a été exceptionnel,
on voit parfois le mayoral porté a hombros
pour honorer son élevage.
Le prix d'un taureau de combat (qui comprend son
transport jusqu'aux arènes) varie selon la
taille et l'origine, mais on considère qu'il
varie entre quelques milliers d'euros pour un novillo
et plusieurs dizaines de milliers d'euros pour les
plus réputés.
Le taureau dans l'arène
À la sortie du toril, il est marqué
de la devise, flot de rubans de diverses couleurs,
chaque ganaderia ayant sa propre devise.
Les principales qualités que lon demande
au taureau sont la bravoure, la noblesse et la caste.
- Bravoure : qualité fondamentale du taureau
de combat. La bravoure se manifeste par la promptitude
du taureau à charger à la moindre sollicitation,
par la répétition inlassable de ses
charges, par l'abnégation dont il fait preuve
face aux différents adversaires qui lui sont
opposés, notamment le picador.
- Noblesse : faculté qua le taureau de
charger en ligne droite plutôt quen «
zigzag », en baissant la tête. Certains
éleveurs ont tellement recherché la
noblesse au détriment de toute autre qualité
que leurs taureaux en deviennent « sosos »
(« stupides ») et enlèvent toute
émotion au combat.
- Caste : ce terme désigne à lorigine
chacune des races de taureaux sélectionnés
pour la corrida. On dira de tel élevage
quil est de « caste vasqueña »
pour dire quil descend de taureaux élevés
par léleveur José Vasquez, ou
de « caste vistahermosa » pour signifier
quil descend de taureaux élevés
par le Comte de Vistahermosa. Dans une seconde acception,
on dira dun taureau quil a de la «
caste » pour indiquer que, dune manière
générale il présente toutes les
qualités ou presque que lon recherche
chez le taureau.
Le matador
Le matador est le principal des toreros : comme son
nom lindique, il est chargé de tuer le
taureau. Sa responsabilité recouvre :
- les passes de capote (en même temps que ses
peones) ;
- amener le taureau au cheval (lors du tercio de piques)
;
- les passes de muleta ;
- la mise à mort par lestocade et éventuellement
le descabello.
Généralement, il y a six taureaux et
trois matadors par corrida. Chaque matador
combat donc deux taureaux : le matador le plus ancien
combat les premier et quatrième, le deuxième
par ordre dancienneté combat les deuxième
et cinquième, le plus jeune combat les troisième
et sixième.
Les membres de la cuadrilla
Chaque matador est assisté par une cuadrilla,
équipe de « subalternes » à
son service.
Les peones
Les peones sont les aides du matador. Ils lassistent
lors des différentes phases de la lidia, notamment
au premier tercio. Le plus souvent, ils posent également
les banderilles, cest pourquoi le terme «
banderillero » qui, stricto sensu désigne
celui qui pose les banderilles, est couramment utilisé
comme synonyme de « peón ».
Dans chaque cuadrilla il y a trois peones.
Les picadors
Le picador applique les piques lors du premier tercio.
Chaque cuadrilla compte deux picadors, qui officient
à tour de rôle.
Les autres assistants du matador Le mozo de espada
Le mozo de espada (« valet dépée
») assiste le matador depuis la contrepiste.
Il lui fournit un capote de remplacement en cas de
déchirure, lui tend les banderilles sil
les pose lui-même, lui remettra l'épée
à la fin de la faena de muleta. Il entretient
le matériel et lhabit de lumières,
soccupe des réservations dhôtel,
hier des billets de train, aujourdhui des billets
davions quand le matador doit toréer
le lendemain dans une ville éloignée,
sert de chauffeur, de conseiller technique, dinterprète,
etc.
Lapoderado
Littéralement « fondé de pouvoir
». Cest léquivalent de limpresario
dans le show-business, du manager dans la boxe.
Le président et ses assesseurs
Le président est chargé de l'ordre de
la place. Il ordonne le début de chaque course,
les changements de tercios, l'attribution des
trophées. Ses décisions sont notifiées
à laide de mouchoirs (blancs pour le
changement de tercio et lattribution des trophées,
rouge pour ordonner la pose de banderilles noires,
orange pour gracier le taureau, vert pour ordonner
son changement, bleu pour lui accorder une vuelta
al ruedo).
En Espagne, cest un commissaire de police,
désigné par les autorités étatiques.
En France, selon le règlement de lUnion
des villes taurines françaises (UVTF), il est
désigné par le maire de la commune ;
le plus généralement, il sera choisi
parmi les présidents des clubs taurins locaux.
Il est assisté de deux assesseurs. En Espagne,
ils sont désignés par les autorités
de lÉtat, comme le président.
Il est toutefois possible de désigner comme
assesseur un matador retraité. En Andalousie,
depuis le 1er avril 2006, peuvent également
être nommés assesseurs des « aficionados
notoirement compétents ».
Lalguazil
Les alguaziles (ou alguacilillos) sont
les « policiers » de la place. Au nombre
de deux, ils défilent en tête du paseo.
Sous les ordres du président, ils veillent
au respect du règlement par tous les acteurs.
Le cas échéant, ils remettent également
les trophées au matador.
Le personnel de l'arène
Les areneros sont chargés de remettre
la piste en état après chaque taureau.
Les hommes en rouge, on les appelle souvent monosabios,
terme qui signifie « singes savants »
: dans les années 20, les areneros des arènes
de Madrid avaient
été dotés dun uniforme
auquel nombre de spectateurs trouvèrent une
ressemblance avec celui dune troupe de singes
savants qui se produisait alors dans la capitale espagnole.
Ils sont chargés d'aider le picador et le cheval
en piste.
Les mulilleros sont les personnes chargées
de l'attelage de mules évacuant la carcasse
en fin de course.
La musique
Le paso doble et son « tacatchac tacatchac
» quIgor Stravinsky de passage à
Madrid écoutait
fasciné de sa chambre dhôtel, sont
inséparables de la corrida. La musique
accompagne le paseo et fait patienter le public
entre deux taureaux. Elle souligne une faena de
muleta qui commence à atteindre les sommets
de la qualité, ainsi que la pose des banderilles
lorsquelle est faite par le matador lui-même.
Elle accompagne parfois la pose des banderilles par
un peón lorsque, lors de la pose dune
paire précédente, ce peón a été
particulièrement brillant. Enfin, quand le
picador pique avec le regatón, le plus souvent
cette pique supplémentaire se fait en musique.
Faire jouer la musique en cours de faena de muleta
est déjà une récompense. Lordre
de jouer est donné par le président
(sauf à Séville
où cest le chef dorchestre qui
décide) ; souvent une partie du public la réclame
en criant « música, música ».
Principaux « tubes » :
- España Cani,
- Cielo Andaluz,
- Paquito Chocolatero,
- Valencia,
- Nerva (et son solo de trompette à laudition
duquel, dans les arènes de Séville,
« Paquirri » avait un jour arrêté
de toréer pour mieux écouter),
- Vino Griego,
- Sans oublier lair du toréador de Carmen
(« Toréador, prends ga-a-a-ardeu
») qui, grâce à Georges Bizet accompagne
le paseo dans la presque totalité des arènes
du sud-est de la France.
Lempresa
Cest lorganisateur de la corrida,
celui qui engage les matadors, achète les taureaux
et espère engranger les bénéfices.
Dans les plus grandes arènes, lempresa
est une entreprise privée. Certaines empresas
sont propriétaires des arènes (en Espagne,
Barcelone, Saint-Sébastien,
Logroño, entre autres),
dautres sont locataires des arènes qui
appartiennent aux collectivités locales (Arles,
Nîmes, Madrid,
Valence) ou à
des privés (en France notamment Béziers
où les arènes appartiennent à
une société anonyme ; en Espagne, notamment
Séville où
les arènes appartiennent à une confrérie
militaro-religieuse, la Real Maestranza de Caballería).
Dans dautres arènes, cest une
émanation de la mairie : régie municipale
en France ou organisme similaire en Espagne. Cest
le cas notamment en France de Bayonne ou Dax.
Dans les plus petites arènes, où les
bénéfices sont plus aléatoires,
lempresa est le plus souvent une association
loi de 1901 (ou équivalent en Espagne).
Le public
Le public est varié. Traditionnellement, on
classe les spectateurs en deux grandes catégories
: les « toreristas » et les « toristas
».
Les toreristas seraient essentiellement attirés
par lart du matador, son adresse, lélégance
de ses passes. Tant pis si son art ne sexerce
que devant des taureaux souvent faibles, voire trop
faibles, et dune noblesse qui frise la «
soseria » (« stupidité »),
tant pis si trop souvent le spectacle nest pas
au rendez-vous, tellement le taureau est inexistant.
Les toristas seraient essentiellement attirés
par le spectacle du taureau démontrant sa bravoure,
surtout face au picador. Ils napprécieraient
que les matadors qui mettent en valeur le taureau,
révèlent ses qualités et ses
défauts. Tant pis si bien souvent, le spectacle
nest pas au rendez-vous, les taureaux étant
trop difficiles, voire impossibles à toréer
; tant pis si les matadors qui affrontent ce genre
de taureaux sont souvent condamnés à
le faire en raison de linsuffisance de leur
talent.
À ces deux principales catégories,
il faut ajouter les « turistas » reconnaissables
essentiellement au fait quils parlent anglais,
allemand, italien, néerlandais, ou français
avec laccent « pointu ». À
noter toutefois que nombre dAnglais, dAllemands
ou de Parisiens sont des aficionados très connaisseurs,
alors que nombre dEspagnols ou de méridionaux
qui ne se rendent à la corrida quun
fois lan, dans leur ville, sont sans doute des
« casi-turistas ». (Source : Wikipedia,
licence GFDL).