Son père, Rodrigo de Cervantes, originaire
à la fois de Cordoue
et de Galice, était
chirurgien, son métier étant plus proche
du praticien actuel qu'à notre idée
de médecin. Cervantes avait des ancêtres
convertis au christianisme dans les deux branches
de sa famille, comme l'ont signalé Américo
Castro, Daniel Eisenberg et d'autres spécialistes
de Cervantes. Au contraire, Jean Canavaggio
insiste sur le fait que cette descendance «
n'est pas prouvée » et le compare à
Mateo Alemán pour qui les origines sont démontrées
par des documents. Sa mère était Léonore
de Cortinas Sánchez, on en sait très
peu sur elle, à part les doutes sur ses origines
de convertie. Ses frères et surs étaient
Andrés (1543) ; Andrea (1544) ; Luisa (1546),
qui devint prieure dans un convent carmélite
; Rodrigue (1550), soldat qui l'accompagna dans sa
captivité à Alger ; Magdalena (1554)
et Juan, connu uniquement parce que son père
le mentionne dans sont testament.
On peut noter que le nom « Saavedra »
n'apparaît sur aucun document de la jeunesse
de Cervantes, et n'est pas utilisé par
ses frères et surs. Son nom de naissance
aurait dû être « Miguel de Cervantes
Cortinas ». Il commença à utiliser
le nom « Saavedra » uniquement après
son retour de captivité à Alger, peut-être
pour se différencier d'un certain Miguel
de Cervantes Cortinas expulsé de la cour.
Vers 1551, Rodrigo de Cervantes a déménagé
avec sa famille à Valladolid.
Pour cause de dettes, il a été emprisonné
quelques mois et ses biens confisqués. En 1556
il se rend à Cordoue
pour recevoir l'héritage de Juan de Cervantes,
grand-père de l'écrivain et fuir ses
créanciers.
Il n'existe pas de données précises
sur le début des études de Miguel
de Cervantes, qui sans doute, ne sont jamais arrivées
au niveau universitaire. On pense qu'il aurait pu
étudier à Valladolid,
Cordoue ou Séville.
Il est également possible qu'il ait étudié
dans la Compagnie de Jésus, puisque
dans le roman La discussion des chiens il élabore
une description d'un collège de jésuites
qui semble une allusion à sa vie d'étudiant.
En 1566, il s'installe à Madrid.
Il assiste à l'Estudio de la Villa,
géré par le professeur de grammaire
Juan López de Hoyos, qui a publié en
1569 un livre sur la maladie et la mort de la reine
Isabelle de Valois, la troisième épouse
du roi Philippe II. López de Hoyos inclut dans
ce livre trois poésies de Cervantes,
notre cher et aimé disciple. Ces poésies
sont ses premières manifestations littéraires.
C'est à cette époque que Cervantes
prend goût au théâtre en assistant
aux représentations de Lope de Rueda et, comme
il le déclare dans la seconde partie de Don
Quichotte, par la bouche du personnage principal,
« se le iban los ojos tras la farándula
» (il adorait le monde du théâtre).
Fuite en Italie et bataille de Lépante
Une ordonnance de Philippe II datant de 1569 est
conservée, dans laquelle il est demandé
d'arrêter Miguel de Cervantes, accusé
d'avoir blessé dans un duel un certain Antonio
Sigura, maître d'uvres. Si cela concernait
réellement Cervantes, ce pourrait être
le motif qui le fit fuir en Italie. Il est arrivé
à Rome en décembre de la même
année. Il a lu là-bas les poèmes
de chevallerie de Ludovico Ariosto et les Dialogues
d'amour du juif séfarade Léon Hebreo,
d'inspiration néoplatonique et qui vont avoir
une influence sur son idée de l'amour. Cervantes
s'est instruit du style et des arts italiens et gardera
toujours un très agréable souvenir que
l'on pourra voir réapparaître, par exemple
dans Le licencié de verre, une de ses
Nouvelles exemplaires, et qui se laisse ressentir
dans plusieurs allusions présentes dans d'autres
uvres.
Il entre alors au service de Giulio Acquaviva qui
sera cardinal en 1570, et qu'il a probablement connu
à Madrid. Il
l'a suivi à Palerme, Milan, Florence, Venise,
Parme et Ferrare. On le retrouve rapidement soldat
dans la compagnie de Diego de Urbina, dans le régiment
d'infanterie de Miguel de Montcada. Il embarque alors
dans la galère Marquise. Le 7 octobre
1571 il participe à la bataille de Lépante,
du côté de l'armée chrétienne
dirigée par Don Juan d'Autriche, « fils
de la foudre de guerre Charles Quint, d'heureuse mémoire
» et demi-frère du roi. Dans une information
légale élaborée huit ans plus
tard on lisait :
Quand fut reconnue l'armée du Turc, dans
cette bataille navale, ce Miguel de Cervantes se trouvait
mal et avec de la fièvre, et ce capitaine...
et beaucoup d'autres siens amis lui dirent que, comme
il était malade et avait de la fièvre,
qu'il restât en bas dans la cabine de la galère
; et ce Miguel de Cervantes demanda ce qu'on dirait
de lui, et qu'il ne faisait pas ce qu'il devait, et
qu'il préférait mieux mourir en se battant
pour Dieu et pour son roi, que ne pas mourir sous
couverture, et avec sa santé... Et il se battit
comme un vaillant soldat contre ces Turcs dans cette
bataille au canon, comme son capitaine lui a demandé
et ordonné, avec d'autres soldats. Une fois
la bataille terminée, quand le seigneur don
Juan sut et entendit comment et combien s'était
battu ce Miguel de Cervantes, il lui donna quatre
ducats de plus sur sa paye... De cette bataille navale
il sortit blessé de deux coups d'arquebuse
dans la poitrine et à une main, de laquelle
il resta abîmé.
C'est de là que vient le surnom de manchot
de Lépante ("el manco de Lepante").
La main gauche ne lui fut pas coupée mais elle
s'est ankylosée jusqu'à perdre son mouvement
quand un bout de plomb lui a sectionné un nerf.
Ces blessures n'ont pas été trop graves,
après six mois de séjour dans un hôpital
de Messine, Cervantes renoue avec sa vie militaire
en 1572. Il prit part aux expéditions navales
de Navarino (1572), Corfou, Bizerte, et Tunis (1573).
Toutes sous les ordres du capitaine Manuel Ponce de
León et dans le régiment du très
fameux Lope de Figuero qui apparaît dans Le
maire de Zalamea de Pedro Calderón de la
Barca.
Plus tard, il a parcouru les villes principales de
Sicile et Sardaigne, de Gênes et de la Lombardie.
Il resta finalement deux ans à Naples, jusqu'en
1575.
Cervantes s'est ensuite toujours montré
très fier d'avoir participé à
la bataille de Lépante, qui fut pour lui comme
il l'a écrit dans le prologue de Don
Quichotte, « le plus grand évènement
que virent les siècles passés, présents,
et que ceux qui viennent ne peuvent espérer
».

Plaza de España à Madrid
Captivité à Alger
Pendant son retour depuis Naples en Espagne à
bord de la galère Sol, une flotille
turque commandée par Arnaut Mamí fit
prisonnier Miguel et son frère Rodrigo le 26
septembre 1575. Ils furent capturés à
hauteur de Cadaqués
de Rosas ou Palamós, situé sur ce
qu'on appelle la Costa Brava,
ils furent emmenés à Alger. Cervantes
est attribué en tant qu'esclave au rénégat
grec Dali Mamí. Le fait de trouver en sa possession
les lettres de recommandations qu'il portait de la
part de don Juan d'Autriche et du Duc de Sessa fit
penser à ses geôliers que Cervantes
était quelqu'un de très important et
de qui ils pourraient obtenir une bonne rançon.
Ils demandèrent cinq cent écus d'or
pour sa liberté.
Pendant ses cinq ans d'emprisonnement, Cervantes,
en homme à l'esprit fort et motivé,
essaya de s'échapper à quatre occasions.
Pour éviter les représailles sur ses
compagnons de captivité, il se fit responsable
de tout devant ses ennemis. Il préféra
la torture à la délation. Grâce
aux sources officielles et au livre de frère
Diego de Haedo Topographie et histoire générale
d'Alger (1612), on a pu obtenir des informations
importantes sur sa captivité. Ces informations
sont complémentaires avec ses comédies
Los tratos de Argel ; Les bains d'Alger
et la relation avec l'histoire du Captif, incluse
dans la première partie de Don
Quichotte entre les chapitres 39 et 41. Aussi,
on sait depuis longtemps que l'uvre publiée
par Haedo n'était pas de lui, chose que lui-même
reconnaît. Selon Emilio Sola, son auteur est
Antonio de Sosa, qui n'était pas écrivain,
bénédictain compagnon de captivité
de Cervantes et dialoguiste de cette même
uvre. Daniel Eisenberg pense que l'uvre
n'est pas de Sosa, qui n'était pas écrivain,
sinon du grand écrivain captif à Alger,
dont les écrits ont de grandes similitudes
avec celle de Haedo. Il semble donc que l'uvre
de Haedo n'est plus une confirmation indépendante
de la vie de Cervantes à Alger, sinon
un écrit de plus de la part de Cervantes
et qui portent aux nues son héroïsme.
La première tentative de fugue fut un échec
car le complice maure qui devait conduire Cervantes
et ses compagnons à Oran les a abandonnés
dès le premier jour. Les prisonniers durent
retourner à Alger, où ils furent enfermés
et mieux gardés qu'avant. Pourtant, la mère
de Cervantes avait réussi à réunir
une certaine quantité de ducas, avec l'espoir
de pouvoir sauver ses deux fils. En 1577, après
avoir traité avec les geôliers, la quantité
de ducas se révélait insuffisante pour
libérer les deux frères. Miguel préféra
que ce soit son frère qui soit libéré,
qui rentra alors en Espagne. Rodrigo avait un plan
élaboré par son frère pour le
libérer, lui et ses quatorze ou quinze autres
compagnons. Cervantes devait se cacher avec
les autres prisonniers dans une grotte, en attente
d'une galère espagnole qui viendrait les récupérer.
La galère, effectivement, vint et tenta de
s'approcher deux fois de la plage ; mais finalement
fut prise. Les chrétiens cachés dans
la grotte furent aussi découverts, ceci à
cause d'un traître, surnommé el Dorador
(le Doreur). Cervantes se déclare
alors comme le seul responsable de l'organisation
de l'évasion et d'avoir convaincu ses compagnons
de le suivre. Le roi d'Alger, Azán Bajá,
l'enferma dans son « bain » ou prison,
chargé de chaînes, où il resta
durant cinq mois.
La troisième tentative, conçue par
Cervantes dans le but d'arriver par la terre
jusqu'à Oran. Il envoya là-bas un maure
fidèle avec des lettres pour Martin de Cordoue,
général de cette place, en lui explicant
et lui demandant des guides. Cependant le messager
fut prit et les lettres découvertes. Les lettres
dénonçaient Miguel de Cervantes
et montraient qu'il avait tout monté. Il fut
condamné à recevoir deux mille coups
de bâtons, punition non reçue car beaucoup
intercédèrent en sa faveur.
La dernière tentative de fuite s'est produite
grâce à une importante somme d'argent
que lui donna un marchand valencien qui était
à Alger. Cervantes acheta une frégate
capable de transporter soixante captifs chrétiens.
Quand tout était sur le point de réussir,
un de ceux qui devaient être libérés,
l'ancien dominicain docteur Juan Blanco de Paz, révéla
tout le plan à Azán Bajá. Comme
récompense le traitre reçu un écu
et une jarre de graisse. Azán Bajá transféra
alors Cervantes dans une prison plus sure, au sein
de son palais. Ensuite, il décida de l'emmener
à Constantinople, d'où la fuite deviendrait
une entreprise quasi impossible à réaliser.
Une fois encore, Cervantes assuma toute la
responsabilité.
En mai 1580, les pères Trinitaires, frère
Antonio de la Bella et frère Juan Gil arrivèrent
à Alger, cet ordre effectuait des tentatives
de libération des captifs, y compris en se
proposant eux-mêmes comme monnaie d'échange.
Frère Antonio partit dans une expédition
de sauvetage. Frère Juan Gil, qui ne disposait
que de trois cents écus, essaya de sauver Cervantes,
pour lequel on en exigeait cinq cents. Le frère
se mit alors à récolter parmi les marchands
chrétiens la quantité qui manquait.
Il réussit à les réunir quand
Cervantes était déjà dans
une galère en partance pour Constantinople,
affrétée par Azán Bajá,
attaché avec deux chaînes. Grâce
aux cinq cents écus si durement réunis,
Cervantes est libéré le 19 septembre
1580. Le 24 octobre il revient enfin en Espagne avec
d'autres captifs sauvés également. Il
arrive alors à Dénia,
d'où il partit pour Valence.
En novembre ou décembre, il retrouve sa famille
à Madrid.
Retour en Espagne
En mai 1580, Cervantes part au Portugal, où
était la cour de Philippe II, dans le but de
refaire sa vie et payer les dettes creusées
par sa famille pour le sauver d'Alger. On lui confia
une mission secrète à Oran, puisqu'il
avait une bonne connaissance de la culture et des
coutumes de l'Afrique du Nord. Pour ce travail il
reçut 50 écus. De retour ensuite à
Lisbonne, il revient à la fin de l'année
à Madrid. En
février 1582, il fait une demande de poste
de travail vacant aux Indes ; sans l'obtenir. À
cette époque, l'écrivain a des relations
amoureuses avec Ana Villafranca (ou Franca) de Rojas,
la femme d'Alonso Rodríguez, un tavernier.
De cette relation naquit une fille nommée Isabel
de Saavedra, qu'il reconnut.
Le 12 décembre 1584, il se marie avec Catalina
de Salazar y Palacios dans un village près
de Tolède nommé
Esquivias. Catalina était une jeune fille qui
n'avait pas vingt ans et qui lui apporta une dot modeste.
On pense que cette union inféconde fut aussi
un échec. Après deux ans de mariage,
Cervantes entreprend de grands voyages à
travers l'Andalousie.
Cervantes est le premier à inaugurer
dans la littérature
espagnole le thème du divorce, alors impossible
dans un pays catholique.
Il est probable que La Galatea fût écrite
entre 1581 et 1583, c'est sa première uvre
littéraire remarquable. Elle fut publiée
à Alcalá
de Henares en 1585. Jusqu'alors il n'avait publié
que quelques articles dans des uvres d'autrui
ou des recueils, qui réunissaient les productions
de divers poètes.
La Galatea est divisé en six livres,
mais seule la « première partie »
fut écrte. Cervantes a promis de donner
une suite à l'uvre ; pourtant, elle ne
fut jamais imprimée. Dans le prologue, l'uvre
est qualifiée d'« églogue »
et il insiste sur l'affection qu'il a toujours eue
pour la poésie. C'est un roman pastoral, genre
déjà visité en Espagne dans la
Diana de Jorge de Montemayor. On peut encore
y deviner les lectures qu'il a pu avoir quand il était
soldat en Italie.
Le mariage avec Catalina paraissant infécond,
les époux se séparèrent au bout
de deux ans. Cervantes ne parle jamais de son
épouse dans tous ses textes autobiographiques,
bien qu'il soit le premier à avoir inauguré
le thème du divorce avec L'intermède
Le juge des divorces. On suppose que son mariage
fut malheureux, alors que dans cet intermède
il soutient que "más vale el peor concierto
/ que no el divorcio mejor" « mieux
vaut la pire entente / que le meilleur divorce ».
Dernières années
En 1587, il voyage à travers l'Andalousie
en tant qu'intendant de l'Invincible Armada.
Il parcourt à nouveau le chemin entre Madrid
et l'Andalousie,
qui passe par la Castille
et la Manche. Cet itinéraire se retrouve
dans Rinconete et Cortadillo.
Il s'établit alors à Séville.
Plus tard, il travaille en tant que percepteur des
impôts. Il est emprisonné en 1597, suite
à la faillite de la banque où il déposait
les fonds collectés. C'est là qu'il
aurait, selon le prologue de l'uvre, imaginé
le personnage de Don Quichotte.
On ne sait pas s'il veut dire dans le prologue qu'il
a commencé à écrire en prison,
ou si c'est seulement l'idée qui lui est venue
à ce moment-là.
Cet autre emprisonnement à Castro del Río
(Cordoue) fut très
bref. Il ne semble pas qu'il soit jamais allé
à la grotte de Medrano, à Argamasilla
de Alba.
En 1605, il publie la première partie de ce
qui sera son chef-d'uvre : L'ingénieux
hidalgo don Quichotte de la Manche. Cette
uvre marqua la fin du réalisme en tant
qu'esthétique littéraire et créa
le genre du roman moderne, polyphonique, qui aura
une très grande influence. La seconde partie
n'apparaît pas avant 1615 : L'ingénieux
chevallier don Quichotte de la Manche. Cette
partie sort deux ans après la parution d'une
suite apocryphe signée d'un mystérieux
Alonso Fernández de Avellaneda qui, selon certains
historiens, ne serait autre que l'écrivain
Lope de Vega, ou du moins un de ses disciples et ami,
originaire d'Aragon,
on pense aussi à un groupe d'amis de Lope.
Les deux uvres lui donnent un statut dans l'histoire
de la littérature universelle et révèlent
son auteur, aux côtés de Dante Alighieri,
William Shakespeare, Michel de Montaigne et Goethe
comme un auteur incontournable de la littérature
occidentale.
Entre les deux parties du Don
Quichotte, paraissent en 1613 les Nouvelles
exemplaires. C'est un ensemble de douze récits
brefs, écrits plusieurs années auparavant
pour certains. Son inspiration est originale et il
tente diverses formules narratives comme la satire
lucianesque (Le colloque des chiens), le roman
picaresque (Rinconete et Cortadillo), la miscelánea
(Le licencié de verre), la nouvelle
byzantine (L'Espagnole anglaise, L'amant
libéral) ou aussi le roman policier (La
force du sang). Pour certaines, comme par exemple
Le Jaloux d'Estrémadure, on observe
une rédaction alternée redécouverte
au XIXe siècle, en témoigne le manuscrit
de Porras de la Cámara. Ce recueil de
nouvelles aurait suffit pour lui donner un statut
important dans l'histoire de la littérature
castillane.
La critique littéraire est une constante dans
son uvre. Elle apparaît dans la Galatea
et dans Don Quichotte.
Il lui consacre le Voyage de Parnasse (1614),
long poème en tercets enchaînés.
En 1615 il publie Huit comédies et huit
intermèdes nouveaux jamais représentés,
mais son drame le plus populaire aujourd'hui, Le
siège de Numance, plus que Le traité
d'Alger, resta inédit jusqu'au XVIIIe siècle.
Le roman les Travaux de Persille et Sigismonde
paraît un an après sa mort, sa dédicace
au Comte de Lemos fut signée seulement deux
jours avant sa mort. Ce roman byzantin, qui prétend
concurrencer le modèle classique grec d'Héliodore,
connut quelques éditions suplémentaires
à son époque ; mais elle fut oubliée
et effacée par le triomphe indiscutable du
Don Quichotte.
Cervantes utilise un groupe de personnages
comme fil conducteur de l'uvre, au lieu de deux.
Il anticipe ainsi le réalisme magique. D'une
certaine manière, il christianise le modèle
original en utilisant le cliché de lhomo
viator, en atteignant le point culminant à
la fin de l'uvre avec l'anagnorèse des
deux amoureux, appelés jusqu'alors Pérandre
et Auristelle dans la ville de Rome :
Nos âmes, comme tu le sais bien et comme
on me l'a enseigné ici, se meuvent dans un
continuel mouvement et ne peuvent s'arrêter
sinon en Dieu, ou en leur centre. Dans cette vie les
désirs sont infinis et certains s'enchaînent
aux autres et forment une maille qui une fois arrive
au ciel et une autre plonge en enfer.
En réalité, ce roman est de structure
et d'intention très complexes mais supporte
toutefois une interprétation satisfaisante.
L'influence de Cervantes dans la littérature
universelle fut telle que l'espagnol est souvent nommé
la « langue de Cervantes ».
Il mourut à Madrid
en 1616.
Portée artistique
En parodiant un genre en déclin, comme les
romans de chevalerie, Cervantes a créé
un autre genre extrêmement vivace, le roman
polyphonique, où se superposent les points
de vue qui vont jusqu'à se confondre de manière
complexe avec la réalité elle-même,
en jouant avec la fiction. À l'époque
la poésie épique pouvait aussi s'écrire
en prose et avec le précédent de Lope
de Vega au théâtre, peu respectueux des
modèles classiques, il en résulta le
réalisme issu d'une longue tradition littéraire
espagnole, depuis le Cantar del Mío Cid,
et le popularisa en Europe, où Cervantes
eut plus de disciples qu'en Espagne. Le roman réaliste
tout entier est marqué par ce chef-d'uvre.
D'autre part, une autre uvre importante de Cervantes,
les Nouvelles exemplaires, démontre
la largeur d'esprit et son désir d'expérimenter
les structures narratives. Dans ce recueil de nouvelles
l'auteur expérimente la nouvelle bizantine
(L'Espagnole anglaise), le roman policier ou
criminel (La force du sang, Le jaloux d'Estrémadure),
le dialogue lucianesque (Le Colloque des chiens),
le mélange de sentences et de mots d'esprits
(le licencié Vidriera), le roman picaresque
(Rinconete et Cortadillo), la narration constituée
sur une anagnorèse (La petite Gitane),
etc.
Publications
Cervantes est aujourd'hui connu comm l'auteur
du célèbre roman de Don
Quichotte de la Manche (publié à
Madrid en deux parties, 1605
et 1615) : il y raille de la manière la plus
plaisante le goût des aventures romanesques
et chevaleresques qui dominait en son temps. On a
aussi de lui :
- Don Quichotte de la Manche publié
à Madrid en deux parties,
1605 et 1615.
- Galatée,
roman pastoral, 1584
- des Nouvelles morales, publiées en
1613 et qui l'ont fait surnommer le Boccace espagnol
(Boccace étant un écrivain italien).
- Persilès et Sigismonde, histoire septentrionale,
1617
- quelques pièces de théâtre.
Publications anciennes
On a donné à Madrid
en 1805 une collection de ses uvres, 16 vol.
in-8.
Le Don Quichotte
a été souvent imprimé :
- Charles III d'Espagne en fit faire une édition
magnifique en 1780, Madrid,
4 vol. in-4
- Diego Clemencín en a donné une édition
avec commentaire, Madrid,
1833-1835, 6 vol. in-4.
Traductions anciennes
Il a été plusieurs fois traduit en
français :
par César Oudin, dès 1616
par François de Rosset, 1618
François Filleau de Saint-Martin, 1677
Henri Bouchon-Dubournial, 1808
François-Henri-Stanislas de l'Aulnaye, 1821
Louis Viardot, 1836-1838
Jean-Joseph-Stanislas-Albert Damas-Hinard, 1847
Furne, 1858, etc.
Dubournial a traduit en outre :
- Persilès et Sigismonde, 1809
- Viardot et Romey
- les Nouvelles (1858)
Alphonse Royer : le Théâtre, 1862
Joseph-Michel Guardia : le Voyage au Parnasse,
1864.
Jean-Pierre Claris de Florian a imité à
sa manière Don Quichotte et Galatée.
Sur la monnaie européenne
Son visage, d'après le portrait présumé
de Jaúregui, figure sur les pièces de
10, 20 et 50 centimes d'euro espagnoles.
(Source : Wikipedia,
licence GFDL).